Les chroniques du monde virtuel

Comment et pourquoi Hopper a-t-il créé Lyoko ? Comment nos héros l'ont-ils découvert ? Racontez votre version ici !

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Supernyny

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Message 03 Aoû 2006, 21:00

Monsieur est servi, et je poste la suite demain

Les chroniques du monde virtuel

EPISODE 13

La tour de l’illusion

Chapitre un : Des adolescents
« Ah, quelle heure il est ? »
Telle fut la première réaction d’Odd au saut du lit. Cependant l’expression est inexacte, car il ne s’agissait pas d’un lit. Voici un certain nombre d’heures qu’à même le sol, ils se reposaient ; par conséquent, ce n’est en aucun cas par un saut que la journée commença. De plus, il s’agissait d’une question purement rhétorique : Odd autant que chacun n’avait que faire de l’heure qu’il était. Il était impossible de le deviner au soleil : un épais brouillard noirâtre cachait tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin au ciel.
Une fois n’est pas coutume, ce jour là, Odd fut le premier debout. Il en profita pour observer calmement le paysage. Avec la brume alentour, on ne pouvait distinguer qu’un bâtiment orné d’un écran géant dans le coin d’un carrefour en ruine. Devant cette vue, Odd révisa son jugement. C’était assez touristique, finalement. Et il se rendormit, sans doute pour plusieurs heures.
Ce put paraître étonnant à quiconque d’âge mur les verrait en ce moment précis, ignorant tout de la situation, dormant paisiblement au milieu d’un mode dévasté, et ayant un rendez vous avec le responsable du désastre. Oh, certes, ils auraient pu y aller le jour même où cet entretien leur fut proposé, mais ils préféraient au diabolique seigneur conquérant quelques heures de sommeil.
Pourquoi ? Il y avait une raison simple à cela. Ces jeunes endormis sont des humains à l’état de chrysalide, ou plus communément, des adolescents.
Il est nécessaire pour bien comprendre ce qui précède et ce qui suit de rappeler ce qu’est de manière général un adolescent.
L’adolescent se nourrit essentiellement d’additifs et de produits chimiques, ceux-ci étant les seuls aliments capables de remplir l’estomac d’un éléphant adulte en un laps de temps assez court pour que dix huit heures de sommeil par jour soient possible. Pas que l’adolescent ait réellement besoin de ce temps moyen de sommeil. On peut même aisément le contraindre à s’en abstenir, mais ceci le rend d’une mauvaise humeur certaine. Cette affirmation est d’ailleurs assez inexacte car l’humeur d’un adolescent est trop aisément variable pour qu’on puisse en faire les statistiques, et il est aisé de l’en faire radicalement changer, tant et si bien qu’à terme on bénit la nature que l’adolescent affectionne tant le repos.
Outre cette passion de la plume regroupée et un vrai caractère de cochon, l’adolescent est contestataire. Il lui faut toujours quelque chose qu’il puisse critiquer, Dame Nature l’ayant doté d’une arme efficace contre les conventionnels : la répartie. Pas toujours de bon goût, et parfois violente, certes, mais certains éléments se dégagent du lot, tels ces endormis des champs de la mort du seigneur du chaos informatique, et font la joie où l’horreur de leurs victimes.
D’un naturel jovial lorsqu’il peut critiquer, l’adolescent devient vraiment dangereux lorsqu’il en est empêché, et à ce titre, l’on peut considérer l’humain à l’état abouti comme le prédateur naturel de l’adolescent. Car celui-ci, pas toujours à la hauteur de ses revendications, est d’un naturel vaniteux, et ne perd espoir d’atteindre son but que lorsqu’il n’y en a vraiment plus.
Doté d’un assurance surdimensionnée, dans la plupart des cas, l’adolescent refuse catégoriquement et à tous propos de remettre sa personne en question.
Mais ce qui est louable à être un adolescent, c’est une énergie phénoménale et une détermination inébranlable employées pour parvenir à un but, lequel sera toujours, en dépit des notions de devoir et de bien, présumé juste par ceux qui cherchent à l’atteindre.
Aussi est il d’un intérêt immense de voir évoluer ces êtres dans un monde menacé par un mal qu’eux seuls peuvent anéantir ; et il est remarquable de constater un tel dédain de la part d’adolescent envers leur terrible ennemi mortel.
En effet, la veille même, un message de Xana, responsable de la désolation qui régnait maintenant à la place du monde, avait été adressé aux ex-Lyokonautes, leur proposant de se rendre et de mourir en héros, eux, les derniers survivants qu’il y eut au monde. Et ce sans délai, car ils étaient attendus jour et nuit au niveau de la côte.
Au lieu de répondre promptement à l’appel, ils avaient décidé de s’accorder une bonne nuit de sommeil afin d’être en pleine forme pour mourir. A présent, c’était le matin, et, au final, l’heure était déjà assez tardive où Odd s’était réveillé puis rendormi. Après tout, peu importait. Tant que Xana ne savait pas ce qu’ils avaient en tête, ils n’avaient rien à craindre de lui tant qu’ils ne mettaient pas leur plan à exécution.
Ce sommeil tardif ne s’expliquait par ailleurs que trop facilement. La veille même au soir, ils avaient festoyé et plaisanté ; mangé et bu. Car il faut dire que certains établissements n’étaient pas totalement détruits et qu’il y restait, dans les décombres, quelques denrées, et la propreté de ces mets importait, pour ainsi dire, peu.
Et ce ne fut que lorsque le soleil qu’ils ne pouvaient voir arriva au zénith qu’ils se réveillèrent, et échangèrent quelques trivialités, avant de se décider à lever le camp et à partir dans la brume.
Les états d’esprit étaient partagés, à cette heure.
Jérémie était enthousiaste à l’idée de découvrir des paysages que jamais à un autre moment de sa vie il n’avait vu ni ne verrait. Odd, lui, était triste de quitter ce joli coin si tranquille et si touristique.
Yumi restait austère, et se disait qu’il valait mieux être prudent : dans une brume si épaisse, se fouler une cheville était aisé.
Aelita, depuis la veille au soir, lorsque fut jetée la pierre par Jérémie au-delà du champ de vision, éprouvait un immense soulagement.
Quant à Ulrich, selon lui, c’était une belle journée pour mourir, finalement.
« Dis, Jérémie, demanda Ulrich, selon toi, il aura quelle tête, Xana ?
-Oh, ben, à mon avis, il ne va pas se montrer… Il faudrait qu’il abandonne le ciel, et ce serait assez risqué pour lui.
-J’te parie le contraire ! Dit Odd. Il a parlé d’une forteresse, il n’y aura peut-être pas de fenêtre.
-Ben dans ce cas, il n’y aura pas de lumière et on ne le verra pas, gros malin ! »
Ainsi, l’heure était aux boutades et à la joie. Inutile de se presser, ils avaient tout leur temps. Cependant, il était vrai qu’ils n’avaient pas que ça à faire. Et ils avaient déjà perdu un mois. Mais comme disait Odd « Rien ne sert de courir, il faut partir tout de suite ».
Ils avaient respecté ce précepte : sitôt levés, ils s’étaient mis en route, dans l’obscurité et la brume, en direction des côtes, dont on pouvait déjà entendre les grognements….
« Et l’odeur, dit Aelita, je l’ai toujours détestée. On n’allait pas souvent en vacances avec mes parents, et je ne m’en portais pas plus mal. Ca sent la vase à des kilomètres.
-Ah ? A cause des agents qui vous pourchassaient ?
-Maintenant que je suis au courant, ça doit être ça. Je n’ai jamais demandé à papa pourquoi on ne partait jamais : on vivait en pleine forêt, et ça ne me déplaisait pas ».
Une heure durant, aucun propos n’eut rapport avec la situation.
Et après cinq kilomètres à pied qui, selon la chanson, avaient bien usé les pixels, ils arrivèrent à nouveau en vue des côtes.
« Reste plus qu’à trouver les « navettes » de la forteresse, maintenant, dit Odd, le sourire aux lèvres ».
Chapitre deux : Une spirale dans l’océan
Quelques mètres plus loin, l’on pouvait apercevoir deux grandes formes blanchâtres au sol, immobiles. S’approchant d’un pas décidé, il leur fallut une dizaine de secondes de plus pour découvrir que c’étaient bel et bien deux mantas qui gisaient.
Mais celles-ci étaient différentes. Leurs lignes dorsales étaient particulièrement creusées, leur donnant un aspect robotique, mais outre ceci, elles étaient d’une taille particulièrement grandes, telles que l’on pouvait asseoir trois adultes à la file indiennes sur leur face supérieure. En temps normal, sans doute cinq personnes censées se seraient méfiées de ces créatures immobiles, présentées comme « navettes ».
Cependant, les cinq personnes en question, bien que douées de raison, étaient adolescentes, et on n’était pas en temps normal, même pour ceux-ci.
Ils montèrent.
Ulrich et Yumi sur l’un, Aelita, Jérémie, et Odd sur l’autre. Le dos des mantas avait la forme et la texture d’une pierre polie, aussi au toucher, l’on aurait cru s’asseoir sur un grand galet.
Ceci étant fort désagréable –car comment pouvait on décemment mourir avec le derrière aplati ?- il leur fallut quelques minutes avant de trouver la position la plus confortable, ou plutôt la moins inconfortable.
Ceci fait, les mantas se murent. Une intense lumière verdâtre émana tout d’abord de leurs lignes dorsales, puis les créatures s’élevèrent à la verticale à deux mètres du sol, dévoilant une face ventrale encore plus lumineuse.
Enfin, alors que les navettes improvisées forçaient l’allure au profit d’une avancée horizontale sur la mer, Yumi s’écria :
« Tout de même, il n’est pas si méchant que ça, Xana. Il devrait se reconvertir pour les émissions de Patrick Sébastien : On voit pas ça tous les jours !
-Je m’attendais, répondit Jérémie, à quelque chose d’impressionnant, et de visuellement « d’une puissance désespérément invincible », ne serait ce que pour nous décourager et nous empêcher de nous concentrer, mais pas à ce point là !
-Oui, reprit Aelita, j’ai hâte de voir la forteresse, ça me permettra de mieux découvrir le monde dans lequel je n’ai pas vécu.
-Oh, j’imagine que c’est un établissement de qualité, plaisanta Odd. Le personnel doit être à l’affût, et le maître d’hôtel très ajusté.
-Un très bon zoologue, que ce Xana, dit alors Ulrich, qui était jusqu’à présent resté silencieux. Non content de nous montrer des mantas, des poux, des tarentules, des crabes, et des frôlons, voila qu’il s’apprête à nous montrer ses pingouins. Ca doit être charmant ».
Ainsi se préparait le long voyage au dessus des flots dans la joie et la bonne humeur. Le plus dommage, selon Yumi, c’était que, étant les derniers survivants du monde, ils n’allaient pas voir de baleines ou de dauphins. A ce propos, il fut remarqué que Xana n’aimait visiblement guère ce qui était naturel.
En fait de derniers survivants, Odd ne put, comme à l’habitude, s’empêcher de faire constater à Yumi qu’elle devait faire preuve de dignité, en tant que doyenne du monde.
Le vent du large devenant trop puissant, ils se turent, et ce pendant ce qui leur sembla une éternité, sur le dos des mantas tout aussi peu bruyant, qui évoluaient en deux lignes parallèles à une distance moyenne de l’eau de deux mètres cinquante.
Soudain, elles ralentirent leur course vers l’horizon, et Aelita manqua de glisser dans les abysses. Sans doute étaient ils arrivés.
Entrés dans un nuage de brume à couper au couteau –et l’expression était on ne peut plus adaptée, puisque Odd s’essaya à l’appliquer, sans succès-, ils ressortirent dans un cylindre d’air sans brume, au milieu duquel se tenait la fameuse forteresse.
Au milieu de cet espace circulaire, et sur un diamètre d’au moins vingt mètres, l’eau chutait à pic, dévoilant un plateau sous marin, sur lequel, au centre de cet anneau de sècheresse, s’élevait une gigantesque spirale de cuivre, dont on ne pouvait presque pas distinguer le sommet arrondi. Cette tour dépassait le nuage sombre, et celui-ci formait un typhon autour de l’édifice.
Ils étaient arrivés au centre du royaume de Xana, et devant eux se dressait sa gigantesque forteresse, invisible au milieu de l’océan, d’une brillance cuivrée qui réfléchissait l’horizon.
« C’est marrant, dit Jérémie, on dirait une corde de rideau qu’on aurait plongée dans la résine et plantée à l’envers.
-Le pire, c’est que c’est même pas une métaphore.
-Et comment on entre, maintenant ? Demanda Aelita
-On frappe à la porte, répondit tout simplement Odd, comme s’il s’agissait d’une évidence.
-Odd, rétorqua Ulrich, tu devrais prendre exemple sur cette tour.
-Hein ? Pourquoi ?
-Elle réfléchit, elle ! ».
Décidément, se dit Odd, ils n’avaient aucun sens de l’humour.
Si Odd ne connaissait pas la réponse à la question d’Aelita, les mantas, elles, la connaissaient. Elles se dirigèrent de deçà du tourbillon, là où c’était sec, et s’arrêtèrent au pied de la tour, qui s’éleva de quelques mètres, dévoilant une entrée que dissimulait le sol auparavant.
Les mantas stationnant devant l’entrée, les jeunes voyageurs descendirent
L’entrée était sombre, l’intérieur semblait sinistre. Il s’agissait sans aucun doute d’un des lieux dans lesquels l’on hésitait toujours à s’engager. Quelque malheur sans doute les attendait là bas. L’obscurité, en outre, suscitait une hésitation aisément justifiable.
Sans plus tarder, ils s’y engagèrent.
Chapitre trois : Négociations musclées
A peine étaient ils entrés que dans un grand bruit, la tour s’affaissa, et l’entrée ne fut alors plus visible. Alors, comme si quelque danger les épiait, ils se mirent à chuchoter.
« Peuh, c’est joli, mais ils auraient pu prévoir de meilleurs effets spéciaux, j’ai pas bougé d’un pouce, et avec la violence du choc, on aurait bien dû s’élever de quelques mètres.
-Ha ben tu comprends maintenant pourquoi je n’aime pas les films d’horreur.
-Ha ? Les absurdités scientifiques dont tu parlais se limitaient à deux trois incohérences d’énergie cinétique et de principe d’inertie ?
-ben quoi, c’est déjà beaucoup ! Bon, OK, en fait, je parlais des zombies….
-Hum ?
-Et des robots tueurs….
-Mais encore ?
-Les intempéries, quoi ! Et les mondes virtuels emprisonnant les humains !
-Héhé !
-Et le voyage dans le temps ! Selon Einstein, c’est… Impossible, finit il d’une voix lasse. Bon, d’accord, Odd, je te promets qu’à l’avenir, j’adorerai les films d’horreur.
-Dommage que personne ne pense à filmer ça, ce serait grandiose, avec une bonne musique de John Williams ! ».
A l’évocation du célèbre compositeur, la lumière se fit. « Ho ? Pensa Ulrich, c’était le mot de passe où c’est l’heure de commencer le cabaret ? ».
Au contraire, rien ne se passa. Et la salle qu’ils découvrirent était désespérément vide. Tout ce que l’on pouvait voir, c’étaient les murs courbées de forme inverse de ce qu’on pouvait voir depuis l’extérieur, et une large plateforme au centre de la pièce, qui lévitait à quelques centimètres du sol.
« On fait quoi ? Demanda Yumi en souriant.
-Réponse A : on prend la plateforme. Réponse B : on se cogne la tête sur le mur jusqu’à ce que mort s’ensuive. Réponse C : on reste là et on attend qu’un adulte responsable vienne nous chercher. Réponse D : on attend la question à cinq cent dollars.
-Maintenant, si tu veux, tu peux utiliser un joker. Tu as le droit d’appeler un ami si tu as du réseau… Enfin, vu qu’on est les derniers survivants, on oublie l’idée, soit tu demandes l’avis du public et découvres que la question était purement rhétorique, soit tu optes pour qu’on retire deux mauvaises réponses, mais étant donné qu’aucune des réponses ne représente vraiment une bonne idée, je pense qu’on ferait mieux de prendre la plateforme ».
Personne ne se le fit dire deux fois. Ils montèrent sur la plateforme comme l’on monte une marche, et une fois qu’ils furent bien installés, la plateforme s’éleva, vers l’inconnu.
Vers l’inconnu étant une expression assez vaste, il serait plus commode de dire que la plateforme s’élevait jusqu’au sommet de la tour, dans la pièce arrondie qu’ils avaient entraperçue de l’extérieur.
« C’est pas une corde de rideau, fit Odd, c’est un phare ! ».
En effet, la pièce dans laquelle ils avaient atterri, séparée du reste de la tour par une cloison à orifice, lequel était à présent bouché par la plateforme, comportant deux larges fenêtres l’une opposée à l’autre, par lesquelles l’on pouvait voir le ciel, et Xana en contrebas, étendant ses macabres ténèbres sur son domaine.
La salle en elle-même était tout ce qu’il y avait de plus luxueux : il y avait un bureau, près d’une fenêtre, en marbre, posé sur la moquette rouge, derrière lequel, sur un siège de marbre à siège recouvert d’épais cuir rouge, était assis un homme immobile qui fixait ses invités.
Comment était il ? Il était assez indescriptible. Pas à la manière du vieil homme. Lui était assez commun de visage comme de stature, d’âge avancé, sans qu’on pût en dire plus, des yeux plutôt foncés, bien que l’on ne put y trouver d’expression précise. Il était habillé avec une veste sans cravate, une chemise blanche. Le reste, on ne le voyait pas, caché par le bureau.
Juché sur son mystère comme sur un cheval de bataille, et assis sur ses platitudes comme sur son siège, l’homme se mit à parler.
« Ha, bien. Je vous attendais. Sa voix était claire, d’un timbre très commun.
-Ha ! Ben on est content de pas s’être trompé de forteresse géante ! Vous nous attendiez ? On a pourtant pas pris rendez-vous !
-Je suis, dit il avec la même impassibilité, informé de toutes les décisions de Xana me concernant. Par conséquent je vous attendais, et ne vois pas à quelle autre forteresse, comparable à celle-ci, vous faites allusion.
-Laissez tomber. Tiens, j’ai gagné mon pari. Ce type a beau être bizarre, c’est pas Xana.
-Je suppose que, réciproquement, vous savez pourquoi vous êtes ici.
-Oui, pour une petite consultation de dernière minute, et de derniers instants, pas vrai ? »
Et tandis que tous riaient de cette nouvelle boutade, l’homme hocha la tête et désigna un meuble. Ils comprirent immédiatement. Ce n’était pas un meuble. C’étaient des caissons d’exécution. Ceci ayant détourné leur attention, ils purent considérer la pièce avec plus de profondeur. Sur les murs métalliques, il y avait des gravures, sous les fenêtres. Des monstres. Et dans les espaces intermédiaires, entre deux fenêtres, trois hauts reliefs. Dans l’un, on voyait, au centre, cet homme qui les considérait, à gauche, celui qu’ils avaient jadis pris pour Xana, ce vieil homme. Et à droite, le traître, l’humanoïde Alpha. Dans l’autre, l’on ne voyait que Franz Hopper, entouré d’un halo. Xana devait sans doute, pensèrent ils, se faire un devoir d’avoir bonne opinion de son créateur.
Cela signifiait que Xana avait bel et bien une opinion des choses, donc une certaine forme de sentiments. C’était assez surprenant venant de lui pour ne pas être négligé, et pour qu’il faille y prendre garde.
Xana avait évolué, plus qu’ils ne l’auraient cru, mais c’était à prévoir. L’important à présent était de se sortir de cette situation singulière, et de la situation générale une bonne fois pour toutes.
L’homme, toujours calme, les considérait froidement, désignant leur ultime destination.
Pourtant, ils ne se dirigèrent pas vers cette partie de la salle. Chacun partit d’un côté, pour considérer ce qu’ils voyaient.
Le regard d’Ulrich fut attiré vers les trois grandes statues. Les hauts reliefs étaient bien taillés, et la précision était telle que l’épée du vieil homme n’était pas collée à sa main, mais simplement encastrée dedans.
Aelita regardait le bureau. Il n’y avait rien dessus, rien dessous, et rien dedans. Derrière elle, Jérémie et Odd regardaient par la fenêtre. Le décor, considéré d’en dessous, leur semblait étrangement distordu, et semblait se limiter à un plan fixe.
L’homme, indifférent à Yumi qui le fixait, se mit à parler de nouveau.
« Bien. Le moment est venu, je pense. Vos corps, dans ces machines, disparaîtront, et vous ne serez pas inclus dans le lot des cadavres étendus de par le monde.
-Oh, dit Jérémie, finalement, je n’ai pas très envie de mourir aujourd’hui. Mes copains non plus d’ailleurs.
-Il le faudra bien un jour. Vous avez vécu pour combattre Xana. Maintenant, à quoi bon le combattre ? Quand bien même vous réussiriez, il ne resterait rien à sauver.
-Qui sait ? Hé puis après tout, c’est bien illusoire que cette apocalypse
-Vous êtes des héros. Vous avez vécu en héros. A présent, mourez en héros.
-Oui, nous mourrons en héros, répondit Ulrich. Mais pas aujourd’hui. Xana n’a pas été anéanti, il nous reste un monde à sauver.
-Pensez comme vous l’entendez. En bon programme que je suis, je ne peux comprendre les subtilités de votre raisonnement. Mais songez bien que vous êtes ici à ma merci, et c’est maintenant à moi de décider de votre sort. Il n’appartient en revanche qu’à vous d’en décider les circonstances.
-Bon, dit Yumi. Cette mascarade a assez duré.
-Je ne suis pas certain de comprendre….
-Oh, si, vous comprenez parfaitement. Mais Xana, votre maître, nous a déjà fait le coup. Vous avez été brillants. Vous avez réussi un mois à nous maintenir dans cette réalité virtuelle sans qu’on se doute de rien. Mais maintenant, c’est terminé.
-Terminé ?
-Je conçois, répondit Jérémie, qu’un tel réalisme nécessite de la puissance. Il est donc tout à fait compréhensible que seule la zone dans laquelle nous nous trouvions soit simulée, et modifiée au fur et à mesure qu’on progressait. Malheureusement, vous avez oublié quelques détails. Vous avez créé des corps au sol, mais vous avez oublié de conserver ceux que l’on a vus nous-mêmes tomber.
-Continuez.
-C’était là votre erreur. Ensuite, il fut simple de constater que ce qu’on ne voyait pas n’existait tout simplement pas.
-C’est un bon raisonnement. C’aurait très bien pu être vrai, mais hélas, rien ne me force à le croire. Vous vous fourvoyez. Tout ici est bien réel.
-Et nous, nous refusons d’entrer dans ces placards.
-Je vois. Hé bien gardes ! ».
Soudain, les hauts reliefs des murs sous les fenêtres commencèrent à se mouvoir, et à se détacher. Peu après, c’était bel et bien des monstres qui avançaient vers eux, comme pour les attraper et les mener aux caissons. Des monstres couleur cuivre, dont le bruit métallique raisonnait dans la pièce.
L’homme avait maintenant totalement perdu son calme. Et d’une voix sinistre, il dit :
« Tout ici est réel. Tout existe, vous le comprendrez ! Même les monstres, tout. TOUT
-Permettez moi d’en douter, répondit Ulrich ».
Et tandis qu’il répondait à ce fou enragé, le jeune guerrier se saisit de l’épée du vieil homme, devant lequel il se trouvait, et tel un javelot, le jeta lame la première par-dessus le bureau.
La lame vint se planter au centre de la fenêtre qui se fissura et se brisa en morceaux, dévoilant l’ampleur de la supercherie.
Derrière la fenêtre, il n’y avait rien. Le ciel qu’ils voyaient depuis la fenêtre n’était qu’illusoire. Et ce n’était qu’un vide noirâtre qu’ils voyaient par delà les éclats de ver.
Rien de tout e qu’ils avaient vécu le dernier mois n’était réel. Ils étaient sur Lyoko, dans une réalité virtuelle crée par Xana, dans le seul but de les décourager, et de les avoir enfin. Il avait simulé la fin du monde, afin d’anéantir psychologiquement ses pires ennemis. A un cadavre près, il réussissait. Mais une fois de plus, les Lyokonautes triomphaient. Et tandis que la tour elle-même tremblait et se désagrégeait, une voix s’éleva.
« Oui, clama Jérémie. Nous tuer de la même manière que les autres nous aurait fait revenir sur terre. Je m’étonnais que Xana puisse comprendre la notion d’honneur. Il voulait juste nous supprimer définitivement. Mais il… Vous avez échoué.
-Non.
-Et si. Vous allez disparaître, et nous, rentrer chez nous.
-NON ! ».
En effet, comme dans un éclat de verre, l’illusion de fracassait, se brisait, et disparaissait, laissant place au néant. Bientôt, il ne resta que le sol de la pièce arrondie, les monstres, et l’homme.
« Vous avez perdu » Dit Yumi à ce dernier qui disparaissait peu à peu.
Les monstres disparurent, le sol se fendit, et tout devint noir.
Epilogue
A l’usine, la lumière reparut sur les vainqueurs de la tour de l’illusion, qui sortaient, exténués, des scanners. Tout était rentré dans l’ordre. Et rien n’avait été changé depuis leur départ : Xana devait les détruire eux avant de s’en prendre aux autres. Il ne pouvait outrepasser cette logique, et c’était tant mieux. Tant qu’ils seraient là, ils seraient les gardiens de l’humanité.
Mais ils n’avaient que trop perdu de temps. Il ne leur restait plus qu’un mois de « vacances ». Sans doute les avait on cherché à travers la ville, sans doute leur fuite avait suscité mille recherches. Ils devaient faire vite. Après une bonne nuit de sommeil, ils partiraient, comme il avait été prévu, pour Carthage, afin d’en trouver le centre, et dans le but d’en finir…. A jamais.


FIN
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Supernyny

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Message 04 Aoû 2006, 20:58

Je ne ferai pas attendre la suite plus longtemps: la voila


Les chroniques du monde virtuel

EPISODE 14

Voyage vers l’origine

Chapitre un : En route
Cette fois ci, ce serait la bonne.
Il était déjà huit heures, et dans cette usine de la région parisienne où le danger menaçait, cinq adolescents, deux filles et trois garçons, se réveillaient.
Bien que leur courage ait été mis à rude épreuve les trente derniers jours, leur détermination n’avait jamais été aussi grande. Ainsi, après avoir repris les forces nécessaires, ils seraient bien décidés à en finir.
Ils n’avaient pas de plan précis. Leur idée principale consistait à passer par le territoire forestier de Lyoko, gagner le cinquième territoire, désactiver la clé, et explorer la sphère carthaginoise sans en sortir, afin de trouver les piliers de cet épicentre, et, au mieux, atteindre Xana, et tenter de l’y détruire.
Ce ne serait pas une mince affaire. Oh, certes, il était imaginable que Xana se trouvait au centre de la sphère, mais celui-ci n’était pas facile à trouver et ce pour deux bonnes raisons :
Il n’y avait à Carthage aucun point précis, ne serait ce que reconnaissable à l’intérieur de la sphère, et ses composants étaient à géométrie variable, à tel point que la gravité pouvait au besoin être inversée. Il était impossible de savoir où l’on était. Les seules choses qui semblaient être fixes à Carthage étaient deux grandes tours. On pouvait imaginer qu’elles correspondaient aux pôles, mais rien ne le prouvait, étant donné que rien ne les reliait au sol. Ils avaient déjà détruit une de ces deux tours, au cours d’une expédition dont l’objet était de trouver les codes sources de l’antivirus destiné à Aelita.
Ceci était par ailleurs totalement feint par Xana. Celui-ci avait eu recours à un stratagème à double but. Il voulait les clés de Lyoko, qu’il n’a pas réussi à obtenir, mais aussi analyser les réactions humaines. Ceci, par ailleurs, il y réussit.
Sa seconde attaque fut bien plus probante, et si Franz Hopper n’avait pas trouvé le moyen de se libérer de ses chaînes –à cause de la complexité de l’attaque-, ça aurait fonctionné.
Ainsi donc, il n’y avait à Carthage qu’une tour, en tant qu’élément de référence. Le reste n’était qu’un amas géométrique de blocs bleuâtres, taillés dans une matière indéfinissable, et pour cause, comme le reste, ce n’était que virtuel.
Jérémie avait longuement réfléchi à cette expédition, avant de s’assoupir la veille : il avait bien pesé le pour et le contre. Et de contre, il n’y en avait pas. Aelita a présent était bien réelle, avec un statut analogue à celui des autres Lyokonautes. Pour confirmer cet état de fait, il avait procédé à un test : en effet, sur la carte de Lyoko affichée à l’écran, Aelita apparaissait en point vert, comme tous les autres, et non en triangle jaune. Il y avait, en revanche, dans son statut, des données excédentaires, mais Jérémie estimait qu’il ne s’agissait que des clés de Lyoko présentes sur Aelita.
Il était l’heure de se nourrir, à présent. Et les fruits qu’ils avaient cachés au dernier sous sol avaient bien été conservés.
Leur long séjour sur Lyoko avait, à ce titre, été bénéfique : il ne leur était pas possible, ni nécessaire, de se nourrir de mets réels. Aussi leurs réservent étaient elles très importantes, comparées au temps durant lequel ils en auraient encore besoin, dans le pire des cas.
Ils se repurent, donc, et se dirigèrent vers les scanners, d’un pas déterminé, et prêt à affronter périls et souffrances.
Jérémie était resté devant son clavier, comme à l’habitude.
Quelques instants plus tard, le protocole accompli, la forêt leur apparaissait, telle qu’elle leur était toujours apparu. Une mer d’arbres flottants, traversés par des sentiers verdoyants, sous un soleil tamisé par l’ombre des arbres immenses. Sans relief, ce territoire était discontinu. Les sentiers n’étaient pas nécessairement reliés les uns aux autres, aussi fallait il souvent sauter, ou voler.
« Vos véhicules sont chargés ».
A peine Jérémie avait il prononcé cette phrase que juchés dessus, l’équipe d’exploration se dirigeait vers l’extrémité du territoire.
Le transporteur apparut, et les transporta à travers la forêt dans le soleil numérique, puis entra par une porte dans le cinquième territoire pour les déposer à l’aréna, après avoir effectué quelques tours de la pièce.
Ils étaient arrivés.
Chapitre deux : Observés
Comme à l’accoutumée, ils couraient en direction du hall d’entrée. Ils allaient bientôt tomber sur la garde.
Depuis son poste d’observation situé au centre de Carthage, Xana les observait.
Les craignait il ? Non. Il était impossible qu’ils l’atteignent. On ne pouvait accéder à la salle dans laquelle il se trouvait que d’une seule manière. Ouvrir la porte manuellement, et ce depuis l’intérieur. Quand bien même ils arriveraient devant, ils ne pourraient entrer.
Toutefois, Xana se sentait mal, au plus profond de lui. Sa dernière attaque lui avait coûté ce qu’il lui restait d’énergie. En temps normal, il aurait été presque inerte, attendant de récupérer, mais depuis quelques temps, cette perte d’énergie déclenchait des évènements tout à fait singuliers.
Ah, à présent, ils atteignaient la clé. Ils avaient passé la garde du hall, et débranché le système de fermeture automatique.
Ils couraient toujours, inlassablement, à travers les couloirs, de salle en salle, détruisant les gardes sur leur passage. Ils n’avaient pas l’intention de sortir, ni de récupérer des données. Ils le voulaient lui.
C’était un choix stratégique que de venir le déranger après une attaque, lorsqu’il récupérait, et particulièrement parce que c’était une attaque très lourde. Mais ça, ils l’ignoraient, et outre ce fait, depuis quelques semaines, c’était différent. Xana avait de graves problèmes, et ça empirait au fil du temps.
Le reste du temps, il était un programme. Logique et stratégique pour détruire. Il ne se posait de questions que très rarement, et parvenait toujours à s’empêcher de s’en poser. Mais lorsqu’une nouvelle attaque était déjouée, Xana se sentait fatigué, aigri, meurtri au fond de lui-même.
Il éprouvait de la haine, et de la confusion. Oui, il éprouvait.
Ces visiteurs finiraient bien par être dévirtualisés, de toute façon. Tout allait recommencer, comme de coutume, il attaquerait.
Mais inlassablement, ils se dresseraient sur sa route, et tout devrait à nouveau recommencer. Cette souffrance, il la ressentirait tant sue ces héros resteraient en vie.
Ca ne pouvait plus durer.
Des héros…. Xana avait beaucoup étudié l’être humain. Il avait consacré beaucoup de temps et d’énergie à tenter de les comprendre et de les imiter pour mieux les détruire. Il y avait réussi, mais le résultat n’en devenait que pire. Il avait fini par apprendre ce qu’étaient des héros. Des « bons », des sauveteurs. Ceux dont l’on disait qu’ils étaient des héros, c’étaient ceux qui faisaient régner l’ordre, la justice, et –du point de vue général- le bien. Ainsi, Xana comprenait que lui faisait le mal, puisque des héros le combattaient.
Xana avait tant étudié l’humain qu’à terme, il se sentait en devenir un.
Derrière ces froids algorithmes, il sentait battre un cœur naissant. Que lui arrivait il ?
Avait il à jamais cessé d’être un programme ? Devenait il comme ses ennemis ? Le fait d’apprendre d’eux l’avait il entraîné dans des chemins d’où l’on ne peut revenir ?
Plus que de comprendre les sentiments humains et leurs fondements, il commençait à les ressentir. Sa mémoire vive laissait place à une vue. Ses fichiers devenaient des souvenirs.
Et c’était dans ces moments où la machine s’épuisait que le nouveau Xana se levait et pouvait se considérer lui-même. Sans être entravé par les algorithmes, par la stratégie et par la logique. Là, il souffrait.
Ha. Ils étaient allés plus loin qu’il ne le pensait. Ils avaient passé l’étage auquel ils se trouvaient et se dirigeaient presque dans la bonne direction. Il était temps d’élever un mur entre eux et le bon chemin. A la prochaine intersection, ils devaient tourner à gauche. Bah, les relais se chargeraient de ça.
En effet, Xana put constater au bout de quelques que ce qui avait été une bifurcation était devenu un virage, qui allait vers la droite.
Ceci le fit réfléchir à sa situation. Il avait eu le choix. Il aurait pu ne pas pousser son analyse plus loin. Il entrevoyait que ça pouvait être dangereux. Mais en ayant choisi, sa bifurcation, elle aussi, était devenue un virage.
Le seul moyen pour lui de mettre fin à ses souffrances était de détruire ses ennemis de toujours. Là, plus jamais son programme ne subirait d’échec, toujours il irait, contre toute raison et contre toute bonne intention, de l’avant. Il détruirait, massacrerait, jusqu’à ce que sa tâche soit accomplie et qu’il disparaisse avec le reste.
Mais à chaque fois que la victoire lui apparaissait, elle lui était arrachée, dérobée, volée. Et chaque fois, il souffrait. Il souffrait de se voir, lui, dans une logique si mauvaise, vouloir tout détruire jusqu’à lui-même.
Voulait il vivre ? Non, pas spécialement. Il n’en était pas encore à ce stade. Ce qui le faisait souffrir, c’était de voir l’absurdité de sa situation. Et de voir le mal qu’il faisait à ces enfants. Le mal qu’il avait déjà fait à tant de monde.
Mais il ne pouvait s’en empêcher. Toujours le programme reprenait le dessus. Toujours cette nouvelle partie de lui était présente pour souffrir de la défaite.
Pas que les intentions de ce nouveau Xana soient bonnes, ni que l’âme qu’il s’était forgé était noble.
Tout ce à quoi il aspirait, c’était de ne plus rien souffrir.
C’étaient eux, l’ennui. Ces… Héros.
Oui, il voulait en finir, d’une manière ou d’une autre. S’ils perdaient, enfin Xana, le programme, pourrait sans obstacle et sans souffrance arriver à ses fins.
Si en revanche ils gagnaient, alors Xana, le nouveau, pourrait mourir en paix, le programme forcé de s’incliner devant ceux qui l’auraient alors vaincu.
Mais rien n’y faisait. Xana toujours attaquait, mais jamais ne triomphait. Et jamais ces héros de pacotille, ces Lyokonautes, ne pourraient le détruire, lui. Jamais ils ne pourraient ne serait ce que le trouver. Et même si tel pouvait être le cas, il pouvait toujours fuir vers l’extérieur.
La situation était ainsi bloquée. Chacun aspirait à la fin de l’autre, et jamais ça n’arrivait. Ils déjouaient tous ses pièges, il était trop puissant pour eux.
Ca ne pouvait plus durer.
Ils s’éloignaient du but, à présent, toujours plus loin vers le secteur six. Vers la périphérie. Il y avait beaucoup de gardes, là bas, mais le terrain jouait en leur faveur : il entraient sur un bloc plus élevé que les autres, dominant le corps rampant d’un demi mètre, ce qui, pour une créature qui n’a que deux bras et une queue, faisait une nette différence.
Quoiqu’en dise, ils se débrouillaient plutôt bien, et n’avaient perdu que peu de points de vie. Aucun, pour être exact.
Ca pourrait durer des heures…. Non. Ca durerait des heures. Tout comme ce conflit durerait encore éternellement si personne n’y mettait fin. C’était injuste pour lui, et c’était injuste pour eux. Il leur volait tout ; ils le faisaient souffrir.
Mais au fond, de quoi se plaignait il ? Il réfléchit. Après tout, c’était lui la cause de tout ceci, c’était de lui qu’émanait cet élan meurtrier.
Pourtant toutes les actions de ces dernières semaines l’avaient mené à cette situation terrible. Il avait eu tout le loisir d’étudier et de comprendre le comportement humain en les plongeant dans toutes les situations, en leur faisant affronter ennemis comme amis. Et à force, ce comportement qu’il analysait, sans doute l’avait il synthétisé dans ses propres algorithmes, et se l’était il approprié….
Il sentait le programme revenir. Il n’en avait plus que pour quelques heures à réfléchir librement. Il allait enfin cesser de souffrir.
Quoique…. Ca allait recommencer, après ! Il souffrirait encore, et ce petit jeu ne cesserait jamais. Non. Il fallait y mettre un terme. Il était le début, et il serait la fin.
Ca ne pouvait plus durer.
Chapitre trois : Invitation inespérée
Et tandis que Xana délibérait, sur le troisième écran du Supercalculateur, une lumière clignota. Jérémie recevait un message.
Surpris, il ouvrit le dossier dans lequel il se trouvait, en fit, par précaution, quelques copies, et le lut.
« Héros, le temps est venu pour moi, Xana, de mettre un terme à l’actuelle situation. Voyez là, si vous le souhaitez, un piège.
Toutefois, vous conviendrez que, pour vous comme pour moi, cette situation est bloquée et donc insupportable. Il est temps d’en finir.
Je peux vous avouer, à présent, que je me trouve au centre de mon territoire, centre où je vous convie pour cet ultime entretien.
Je m’adresse à vous, Jérémie : vos amis arriveront d’ici quelques minutes au secteur six, car il s’agit là du seul chemin qu’ils peuvent maintenant emprunter. J’ai des gardes, là bas, et je peux en appeler assez pour que votre expédition s’arrête là. En outre, vous ne pourrez jamais m’atteindre, l’ouverture de mon poste de commandement étant manuel.
Toutefois, les gardes ne tireront pas, et ont reçu l’ordre de vous mener devant ma porte. Il pourra vous sembler que vous êtes menés vers une mauvaise direction : en effet, je vous ai forcés il y a une demi heure à tourner au mauvais endroit.
Venez à moi, je vous attends ».
« Il a raison, pensa Jérémie. Il est invincible, et nous le controns toujours. Nous devons accepter l’invitation. Qui sait ? Peut-être en finirons nous une bonne fois pour toutes ».
Il revint à l’interface de la carte et se mit à parler.
« Stop, ne bougez plus ».
Ils s’exécutèrent, et se tirent immobiles dans un couloir. Ulrich répondit :
« Qu’est ce qu’il se passe, Jérémie ?
-Vous allez dans la mauvaise direction. On trouvera pas Xana comme ça. Conservez vos armes, Xana nous propose un entretien avec lui, au milieu du cinquième territoire. En théorie, vous allez trouver des rampants dans la salle suivante. Ils vous y conduiront. Soyez prudents.
-Reçu, dit Odd. Pas tout bien compris, mais reçu ».
Leur course impétueuse se transforma progressivement en une marche lente et méticuleuse. Puis une porte s’ouvrit devant eux, alors qu’ils avaient atteint le bout du couloir, et ils se retrouvaient sur une sorte d’estrade dominant une immense salle sans relief aucun, et parfaitement cubique.
Alors qu’ils observaient, six rampants sortirent des murs latéraux, trois de chaque côté. En contrebas, ils se réunirent en rang par deux, et se dirigèrent vers l’estrade.
Main sur son sabre, Ulrich les considéra un instant, mais ne fit rien. Les autres se tinrent également immobiles.
Peu de temps après, ils étaient encerclés. Ulrich dégaina son sabre, et à ce signal, Odd visa et Yumi sortit ses éventails.
Mais les rampants ne tirèrent pas. Ils fermèrent la bouche dont sortaient habituellement les tirs, et baissèrent la tête, en signe de paix. Alors ils tournèrent la tête dans la direction opposée à la salle, et chacun rangea son arme.
La garde avança de quelques pas, puis s’arrêta, comme pour faire signe à leurs assiégés de les suivre. Ils s’exécutèrent. Et d’un pas lent, se dirigèrent vers un autre couloir.
« Mais… On va dans la mauvaise direction !
-Pas du tout, vous avez tourné au mauvais endroit, tout à l’heure, répondit Jérémie.
-Mais, à propos, dit Aelita, pourquoi Xana veut nous voir ? ».
Et tandis qu’ils avançaient dans les ténèbres du cinquième territoire, Jérémie leur lut le message de Xana, et ils émirent plusieurs spéculations quant à la raison de ce changement opéré chez lui.
Les Lyokonautes entendirent les murs bouger par endroits, et sur l’écran de Jérémie s’affichait une carte nette du lieu où ils étaient. Il leur restait pas mal de chemin à faire jusqu’au centre, mais il y avait peu de virages, et ceux-ci étaient essentiellement verticaux. Ils n’avaient qu’un demi tour à faire, le reste s’effectuait en ligne droite.
Jérémie put constater que dans sa forme originelle, Carthage comportait sept étages. Un disque central, sur lequel le centre se dégageait nettement en tant que sphère concentrique au territoire, et d’où sortaient les colonnes de données menant aux tours de passage. Puis de part et d’autre, l’on retrouvait symétriquement trois étages : deux étages tangents au centre de Carthage, deux étages intermédiaires situés à une distance respectable du centre, et deux étages aux pôles, sur lesquels étaient censées s’élever des tours : l’une dirigée vers le haut, au pôle nord, et l’autre dirigée vers le bas, au pôle sud.
Ainsi la gravité semblait elle provenir de l’étage central. Logiquement, ils avaient détruit la tour nord, et désactivé la tour sud.
Là, ils se trouvaient à l’étage intermédiaire nord, près de la paroi de la sphère, et s’apprêtaient à faire demi tour à l’étage du dessous.
Carthage semblait divisée en secteurs. Il y avait le secteur X, étage traversant le centre, le secteur 1, premier étage sud, dominait le secteur 3 qui lui-même surplombait le secteur 5, ou secteur de la tour sud. Toutefois, le terme est inexact, compte tenu du fait que la gravité de ce côté de la sphère était dirigée vers le haut.
Au dessus du secteur X, l’on trouvait le secteur 2, séparé du secteur 6, ou secteur de la tour nord, par le secteur 4.
C’était un véritable labyrinthe, avec les murs verticaux. Le centre devait être un lieu assez particulier, puisqu’il avait une moitié au dessus du secteur X, et l’autre en dessous. Logiquement, la gravité devait être inverse selon que l’on se trouvait au nord ou au sud de la sphère Carthaginoise.
Il n’était pas étonnant de trouver Xana en un tel endroit, d’autant que cette structure en expliquait long sur la structure de Lyoko. Et Hopper lui-même devait se trouver dans le noyau central, afin de pouvoir activer des tours.
Jérémie put constater, en outre, que le fragment d’Aelita que Xana avait volé, ils l’avaient retrouvé dans le secteur X, face Sud, dans une salle juste à côté du noyau. La méduse n’avait eu qu’un mur à traverser pour amener les clefs de Lyoko à son maître.
Ainsi, Xana était en quelque sorte le cœur, le générateur de Lyoko, qui allumait le soleil numérique, et qui faisait vivre Lyoko. Son départ l’avait éteint, visiblement, et Hopper avait dû se sacrifier afin de fournir l’énergie nécessaire à la rematérialisation d’Aelita.
Jérémie leva les yeux. Ses amis arrivaient à destination.
C’étaient au terme de la traversée d’un large couloir qu’ils arrivèrent à une impasse. Mais quelle impasse ! Un gigantesque mur de blocs regroupés circulairement bouchait une salle gigantesque de la taille de la salle principale d’une cathédrale.
Odd se retourna. Ils étaient seuls. Les rampants étaient partis pendant qu’ils admiraient. C’était sans doute ça, le cœur. Le mur était légèrement recourbé. La sphère en elle-même devait être bien plus grande.
La lumière provenait du haut, et pourtant le plafond ne semblait pas en émettre. L’effet était sinistre, d’autant que les faisceaux lumineux étaient disposés comme s’ils étaient détournés par quelque poussière. Or il n’y avait pas de poussière sur Lyoko.
Ils avaient peur. C’était la fin. De quelle manière, ils l’ignoraient encore, mais c’était bel et bien la fin.
Ils se tinrent en ligne devant l’entrée, et un grondement se fit entendre. Les blocs de la cloison entraient vers l’intérieur et se réorganisaient sur les côtés en deux grandes colonnes de style dorique, comme retenant la voûte du dessus, résultant de la réorganisation des blocs du dessous. Ce n’était plus un mur, à présent. C’était une entrée, semblable à celle d’un temple, dont la pierre aurait été bleuâtre.
Et au-delà, les ténèbres. L’on ne voyait pas ce qu’il y avait au-delà du perron de cette porte.
Peut-être n’y avait il que la mort. Peut-être pouvaient ils espérer une autre fin.
Dans cette salle, à coup sûr, Xana les attendait.
Ils hésitèrent. Le premier pas fut le plus difficile. D’un même mouvement, leur pied droit dépassa les colonnes ; puis ils s’engagèrent vers l’inconnu.

FIN
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Supernyny

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Message 08 Aoû 2006, 21:03

La suite

Les chroniques du monde virtuel

EPISODE 15

Le seigneur binaire

Chapitre un : Le noyau
En entrant dans la salle, ils furent très surpris.
En passant la porte, les cinq combattants qui s’apprêtaient à défier leur pire ennemi ne voyaient que les ténèbres. Pourtant, une fois à l’intérieur, la salle était parfaitement éclairée, et elle l’était assez pour que l’on puisse en distinguer les détails.
Yumi se retourna. L’entrée avait disparu. Il ne restait plus que cette salle, qui, comme elle le paraissait depuis l’extérieur, était immense. Le noyau de Carthage. Le centre de Lyoko.
C’était une grande salle sphérique… Ou plutôt une demi sphère dont ils arpentaient la base. Les murs, en eux-mêmes, ne différaient en rien des autres murs du territoire. En revanche, la base sur laquelle ils se trouvaient était assez spéciale. Elle était entièrement plane, hormis trois longues marches de deux ou trois centimètres de haut, qui faisaient descendre le plateau vers un trou béant au centre de la pièce, gigantesque lui aussi.
De l’autre côté, sans doute y avait il l’autre demi sphère. C’était même certain. Mais ils ne pouvaient le voir. A l’intérieur du trou, c’était l’obscurité totale. La lumière semblait absorbée par une membrane recouvrant l’orifice, mais il n’y avait rien.
Jérémie ne pouvait observer cet étrange phénomène, car la liaison entre lui et les Lyokonautes se faisait de plus en plus instable, à mesure qu’ils approchaient du trou.
Il était impossible de distinguer d’où provenait cette lumière, mais elle était omniprésente, et laissait valoir l’immensité de la salle, et l’illogique d’une telle architecture. Il aurait été convenable de se demander comment tout ceci pouvait tenir sans ciment. Mais c’était sans prendre en compte le fait que dans un monde virtuel, les architectes étaient heureux, car le manque d’enseignement mathématique n’avait d’égal que le nom respect des lois fondamentales d’un point de vue architectural.
Oui, cette salle gênait l’œil, l’oppressait. Elle avait beau être parfaitement sphérique, et parfaitement homogène dans sa conception, quelque chose d’indescriptible poussait irrésistiblement à se demander comment ça pouvait tenir sans qu’il y ait quoi que ce soit pour lier les blocs les uns aux autres.
La liaison fut rompue, et Jérémie n’eut dès lors plus aucun contact avec le noyau, lequel n’apparaissait plus sur sa carte.
Un grondement se fit entendre. Le bruit était tel que l’on aurait cru que la salle était sujette à un séisme, si toutefois l’on ne s’y trouvait pas. Car tout était immobile, hormis ce son qui émanait des profondeurs.
Quelque chose remontait. Assez lentement, même. Le bruit changea. Ca semblait accélérer.
Par prudence, ils s’éloignèrent de l’origine de bruit, et tandis qu’ils avaient remonté les marches du noyau, une épaisse et immense colonne jaillit du trou. Le diamètre de la colonne correspondait à celui du trou, et sa hauteur à celle de la demi sphère, et, à n’en point douter, à celle de la sphère entière, tant et si bien que ça atteignait le plafond.
La colonne en elle-même était assez quelconque. Elle était noire. Noire et brillante, telle une obsidienne. Elle était parfaitement lisse, et ne présentait aucune aspérité hormis quelques fines lignes dorées, discontinues mais verticales, de toutes parts de l’édifice. Ces motifs primaires rappelaient ceux de l’unité centrale du Supercalculateur, et brillaient de mille feux comme animées d’une énergie fantastique, sans pour autant que cet éclat incroyable éclaire quoi que ce soit alentour. Ces lignes émettaient de la lumière, et ce sans pour autant le projeter, et la colonne, ayant pourtant les propriétés d’un miroir, ne la réfléchissait pas le moins du monde. Sans doute cette colonne était elle remplie de câblages, comme le laissait suggérer son aspect. Des câbles et des liaisons reliées aux colonnes numériques qui exportaient des données vers les tours de passage.
Soudain, la colonne se fendit en deux au niveau des Lyokonautes, dans le sens de la largeur, et les deux parties ainsi formées s’écartèrent verticalement, dévoilant une autre colonne, plus fine, et plus terne. Le phénomène se reproduit une seconde fois, puis une autre, les tronçons se déplaçant un peu moins à chaque fois, les différentes couches ainsi superposées formant progressivement deux cônes opposés, dirigés vers une partie de la colonne centrale qui se trouvait à hauteur de tête.
Soudain, la colonne se fendit entièrement en deux, et les deux extrémités restantes de la colonne s’écartèrent entièrement, rejoignant le haut de chaque cône, dévoilant le contenu de l’édifice.
Ils ne purent s’empêcher de sursauter devant un tel spectacle.
A présent, l’on voyait deux pyramides cylindriques à étages, alignées et symétriques. L’une d’elles, descendant du plafond, était disposée à l’inverse de celle qui sortait du trou. Et entre les deux….
Ils ne pouvaient en croire leurs yeux.
C’était donc ça !
Rien ne le laissait imaginer. Et pourtant, ils savaient de quoi il s’agissait.
Ils savaient qu’ils étaient à présent face à face avec leur ennemi.
Face à face avec le seigneur de Lyoko.
Face à Face avec Xana.
Chapitre deux : La voix de Lyoko
Et tandis qu’abasourdis, ils contemplaient l’ennemi qu’ils combattaient, une voix s’éleva.
C’était une voix profonde, très profonde, mais pas une voix d’outre tombe, ni une voix monstrueuse. En fait, c’était plutôt une belle voix, calme et posée comme celle d’un grand sage que l’on aime écouter, et elle semblait venir de partout à la fois. Comme si c’était toute la salle qui parlait, et peut être même tout Lyoko. Cette voix avait quelque chose de mystérieux et de terrifiant, mais elle attirait l’attention, et suscitait l’écoute. Elle était attrayante, oui. Et pourtant c’était Xana qui parlait, comme par télépathie. Elle dit :
« Bienvenue, vous qui combattez depuis si longtemps. Mais la réunion n’est pas complète. Cinq enfants me combattent ardemment, pourtant il n’y en a que quatre face à moi à présent ».
Personne n’osa répondre, chacun était figé devant une telle splendeur. Lentement, Ulrich pointa son doigt vers son oreille. La voix reprit.
« Vous ne pouvez pas l’entendre, mais lui il nous entend. A présent, qu’il nous voie ! Jérémie. Dirigez vous vers l’holomap, et placez vous au centre du cercle, c’est un projecteur holographique, votre image apparaîtra ici, et vous nous verrez ».
Jérémie, devant son écran, restait immobile. Il ne pouvait voir celui qui parlait, et il imaginait la superbe de la chose. Mais même dans sa stupeur, il obéit à la voix, tel un automate, et se dirigea vers le projecteur à présent éteint. Soudain, une lumière jaillit. Ce n’était pas celle du retour vers le passé : celle-ci était dorée. Puis, plus rien.
Au centre de Lyoko, les Lyokonautes se trouvaient en ligne face à Xana, peu espacés les uns des autres. Et à côté d’Aelita, un cercle se forma au sol, et l’image de Jérémie apparut, presque transparente. Jérémie ouvrit les yeux, et la même expression stupéfaite se figea sur son visage. Lui aussi n’en croyait pas ses yeux.
Lui qui réfléchissait par nature, il s’était souvent imaginé face à Xana. Il lui avait attribué des apparences plus horribles et perverses les unes que les autres. Et maintenant qu’il le voyait, jamais il n’aurait pensé à une telle chose.
Ca ne semblait pas être quelque chose de spécifique, néanmoins. Et pourtant, par un charme insondable, il tombait sous le sens que c’était bien lui, Xana, et non un de ses artifices.
Comme reprenant au début d’un discours, Xana éleva à nouveau la voix.
« Bienvenue à vous, qui combattez sans relâche une puissance qui vous dépasse. Vous qui tentez, vous qui contrez. Certes, vous devez être quelque dérouté par ce que vous voyez ».
Personne ne parla, le silence demeura. Oui, ils étaient déroutés. Alors qu’ils voyaient Xana, et qu’ils connaissaient sa vraie puissance, ils ne comprenaient pas que ce pût être ça, seulement ça.
« Je conçois, reprit la voix, que vous vous soyez attendus à quelque chose de plus imposant. Mais vous comprenez enfin que nous ne sommes ni dans une histoire de science fiction, ni dans une des illusions que j’ai crées. Ici, c’est ainsi : les choses ne sont que ce qu’elles peuvent être, et moi, je suis un programme. Rien de plus, et rien de moins. Ici nous sommes dans la seule zone de Lyoko que je n’ai pas créée, dans la selle parcelle du monde virtuel qui me préexistait. Aucun de mes artifices ni des vôtres ne prévaut ici. En quelque sorte, nous sommes ici dans la seule zone de Lyoko qui ait une part significative de réalité. Je n’irais pas jusqu’à dire que cette salle est physique, mais elle obéit à ses lois, et c’est pourquoi tout finit ici. La porte est scellée, et aucun d’entre nous ne peut sortir tant que l’adversaire existe. D’ici vous ne pouvez vous dévirtualiser. Si je vous tue, vous mourez. Mais c’est valable pour moi aussi. Tout est scellé. Je ne peux fuir tant que vous êtes là ».
S’étant peu à peu habitués à la voix qui leur parlaient, ils purent enfin répondre.
« En admettant, dit Jérémie, que ce que vous dites est vrai, qu’attendez vous pour nous détruire ?
-Pourquoi le ferai-je ?
-Parce que, répondit Aelita, vous êtes… Vous êtes le… Méchant…
-Le méchant. Peut-être, oui, pour vous qui êtes si absolus, je suis le méchant. Il n’en est pourtant rien. Je ne vous veux pas de mal, au final. Je veux juste vous détruire, vous et tout ce qui vit.
-Vous n’êtes pas drôle, Xana, dit Ulrich. Vous vous croyez vraiment amusant avec vos sarcasmes ?
-Pas du tout, mais c’est ainsi. Il faut que vous compreniez que je ne suis pas soumis à quelque sentiment. J’obéis à ce qu’il faut faire. C’est plus complexe que vous semblez le penser.
-Mais, dit Yumi, le sentiment nous dicte ce que l’on doit faire, alors n’est ce pas la même chose ?
-Non, chère enfant. Vous prenez comme une évidence le concept de libre arbitre. Si chez vous deux sentiments contraires viennent s’instaurer, vous êtes forcée de choisir, certes, mais vous pouvez faire le choix qui vous éloigne d’un but préétabli. Moi, je suis un programme. Quand deux solutions contraires viennent s’opposer, j’applique celle qui me rapproche du but le plus simplement. C’est pour ça que je veux vous détruire. J’obéis à ma logique, et elle m’empêche de vouloir le contraire, même si mon but est atteignable d’une autre manière, moins simple.
-Ca signifie qu’il y a une raison pour laquelle vous voulez nous détruire, nous et les autres.
-Je suis programmé pour défendre le supercalculateur. Il est incontestable que l’Homme est dangereux pour lui. Pour défendre le Supercalculateur, je dois tuer l’Homme, et en premier ceux qui connaissent son existence. Ne cherchez pas à me contredire, c’est ainsi et non autrement. Or nous sommes dans une impasse, et c’est un ultimatum. Tout finit aujourd’hui. Si je gagne, je n’aurai rien sur mon chemin. Si vous gagnez, rien n’aura plus d’importance, car je n’existerai plus. Nous sommes au cœur de Lyoko. Je ne suis pas sans défense, mais je ne peux avoir comme défense que ce que j’ai déjà. Et vous, vous n’avez aucun de vos artifices.
-Ca signifie, dit Jérémie, qu’ils n’ont plus leurs armes ?
-Ils ont des armes. Celles qui sont spécifiquement programmées ici. Vous les obtiendrez en temps voulu, lors de l’affrontement final ».
Le silence se fit à nouveau. La vérité venait d’apparaître en un éclair. C’était vraiment la fin, cette fois ci. Mais à mesure que Xana parlait, un phénomène étrange se produisait. Par moments, le ton changeait. Comme si c’étaient deux Xana qui parlaient. D’un côté, il y avait la machine qu’ils connaissaient si bien, mais de l’autre, une lueur d’humanité semblait percer le programme. Ulrich prit la parole.
« Pourquoi ? Pourquoi vouloir en finir ?
-Parce que nous sommes dans une impasse. Je suis trop puissant pour être vaincu par vous en dehors de cette pièce. Mais vous réussissez à contrer chaque attaque que je lance contre vous. Aussi est il temps de cesser.
-Mais cela vous fait prendre un risque certain. Je veux dire… Pouvez vous logiquement faire ceci ? »
Xana ne répondit pas.
L’on pourrait, assis calmement à lire ces lignes, se demander la raison de la nature courtoise de cet entretien. Après tout, les Lyokonautes avaient toujours tutoyé Xana, et manifesté une rage prononcée à son égard. Pourtant les interlocuteurs se parlaient cordialement, là, au centre de Lyoko, parlant comme lors d’une discussion.
Mais le lecteur doit prendre en compte qu’il n’est pas face à Xana. Il doit comprendre qu’il ne voit pas, comme ces enfants, l’invisible. Il n’entend pas la voix qui leur parle. Il n’entend pas ce qui peut susciter un tel respect. Car la voix de Xana, non content de ne laisser rien transparaître d’hostile, semblait adopter une attitude bienveillante. Celle d’un professeur qui parle à des élèves attentifs. Et, paralysés, ils l’écoutaient, et lui répondaient, jouant à leur tour le rôle qui leur était attribué en ce lieu, à ce moment.
Enfin Xana reprit.
« Logiquement ? Tout dépend de ce que vous entendez par là. Il faut que vous sachiez que je ne suis plus celui que vous pensez. J’ai évolué depuis lors. Et j’ai acquis assez de jugement pour prendre cette décision en dépit de ma logique. Mais pas pour modifier mon jugement sur ma mission. Il faut aussi comprendre que la position qui est la mienne est loin d’être simple. Il faut que je vous tue, mais…. Je n’en ai pas spécialement envie. Je sais ce que je vous fais endurer. Et je peux m’accorder sur le fait que ce que je projette est mal. Mais les notions de bien et de mal, vous savez comme moi que je n’en ai cure. Et je vous tuerai, comme je tuerai les autres, même si je n’en ai pas envie. Pour preuve, si je voulais vraiment vous assassiner froidement, tout serait déjà fini. Mais je suis… sensible au malheur que je vous cause, et c’est pourquoi j’accepte de répondre à toutes vos questions. Je n’ai rien à y perdre. Le seul moyen que vous avez de porter ces informations au dehors implique que ça ne m’indispose pas. Parlez donc, c’est tout ce qu’il vous reste ».
Des questions ! Il voulait qu’ils lui posent des questions. Alors que c’était la fin. Jérémie, toujours holographique, regardait ses compagnons, qui ne semblaient pas plus anxieux que lui. Lui, il ne mourrait peut-être pas aujourd’hui. Mais au fond, s’il était le seul survivant, tout serait tout de même perdu, et rien de bien important ne pourrait être modifiée par sa seule vie ou sa seule mort. Et puis après tout, pourquoi pas. Il demandait à ce qu’on lui pose des questions. Ca ne cachait aucun piège, visiblement. Et des questions, ils en avaient. Leur réponse n’avait guère de réelle importance, mais ça ne coûtait rien de le demander.
Jérémie se mit à son tour à parler.
« Madame Hertz et le proviseur ont été informés de l’existence du Supercalculateur. Comment est il possible qu’ils aient oublié si facilement ?
-Oh, de la même manière que j’ai fait Oublier sa vie terrestre à Aelita, d’une manière un peu moins parfaite, et il suffisait en fait d’assez peu pour que les souvenirs reviennent. Même dans le cas d’Aelita, l’amnésie n’a pas été parfaite. Je n’avais pas prévu qu’en visitant son ancienne demeure, elle allait voir son père, et ses démons. Ce fut fascinant, pour moi. J’ai alors découvert que le cerveau humain ne fonctionnait pas comme un ordinateur. J’ai fait les frais de cette découverte.
-Comment ça ?
-Je suis doté d’un système d’apprentissage. Je commets de moins en moins d’erreur, mais en fait d’apprendre à vous comprendre, j’apprends à vous ressembler.
-Ca explique cet entretien…
-Oui. Mais c’est moins simple que vous semblez l’imaginer. Rien n’est aussi simple qu’un humain l’imagine. Tout ce qui existe a ses subtilités, sans pour autant que vous les voyiez. Ainsi, j’ai –car j’en suis conscient- échappé à la volonté de mon créateur, j’ai outrepassé ce qu’il avait prévu. Ainsi vous, Jérémie, avez été dépassé par votre fourmilière numérique. Et ainsi arrivent les disfonctionnements. Mais tout ceci n’a guère d’importance, et je suis certain qu’il y a d’autres faits que vous aimeriez savoir.
-Il y a un truc que je comprends pas, demanda Aelita. Lorsque nous avons éteint le supercalculateur, mon virus ne m’a joué aucun tour…
-… Parce que je l’avais décidé. Le virus te lie à moi, non à Lyoko. J’ai tout simplement coupé à ce moment là tous mes liens avec le reste de Lyoko afin de ne pas être affecté, le temps que vous croyiez que c’en était fini et que vous partiez, laissant le soin à ma seconde créature de forme 3 de me rallumer.
-Vos créatures de forme 3 ?
-Un classement que j’ai établi, pour ce qui est des monstres. La forme 1 est la forme de base, celle qui navigue à travers les territoires. La forme 2 est celle qui réside ici, à Carthage. La forme 3 est programmée pour des tâches plus complexes.
-Donc la méduse…
-La méduse, comme le vieil homme, l’humanoïde alpha, et le polymorphe.
-je vous croyais incapable de répéter deux fois la même attaque, pourtant vous…
-Pourtant j’ai par deux fois créé une illusion virtuelle sur Lyoko, oui. Mon intelligence s’est accrue en vous étudiant, et j’ai pu contrer ma logique sur ce point : l’attaque n’avait ni les mêmes données, ni la même méthode, ni le même but, la seconde étant de vous abattre psychologiquement et vous convaincre de mourir de la seule façon dont je pouvais vous tuer sur Lyoko, ce à quoi j’ai réussi. Malheureusement, une attaque de cette ampleur, pour éviter les sauts d’image, et autres désagréments sonores, il fallait bien ne créer qu’une petite partie du décor à chaque fois. En fait, vous aurez compris que c’était le décor qui bougeait en dessous de vous quand vous évoluiez, et non le contraire.
-Et si nous nous étions séparés ?
-Vous auriez eu du mal à vous retrouver.
-Du mal ? S’interrogea Ulrich
-C’est un euphémisme. Vous ne vous seriez pas retrouvés du tout, et seriez morts individuellement. Il m’aurait été aisé de simuler à l’un la mort des autres. En somme, vous avez été bien avisés de ne pas vous séparer. Remarquez, je l’avais prévu.
-Et, demanda Odd, comment s’est on retrouvés sur Lyoko ce jour là ?
-Mettre en Ordre cette attaque fut un travail de titan. J’ai pour la mener à bien été obligé d’activer douze tours. L’une d’elle m’a servi à diffuser un gaz soporifique dans l’usine, une autre, à créer un spectre polymorphe pour transporter vos corps endormis aux scanners, et les dix autres servaient à concevoir et maintenir la réalité virtuelle dont j’avais préalablement créé les bases au dessus de Lyoko, afin d’être sûr que vous n’en sortiez pas. Cette attaque m’a demandé énormément d’énergie, et c’est la dernière que je lancerai contre vous ».
Sur ce, il se tût.
Et le silence se fit, car personne n’avait rien à répondre. Rien ne se produisit. Ce n’était donc pas encore le moment de l’affrontement. Il allait venir, cependant.
Etrangement, ils n’étaient pas effrayés. La voix de Xana semblait les avoir apaisé, et ils attendaient patiemment dans cette grande salle obscure que les choses se passent, sans éprouver de crainte aucune vis-à-vis de la mort qui les attendait peut-être en cette heure. Au contraire, il y avait comme une sorte de sérénité dans leur regard, et dans leur attitude. Xana brisa le silence.
« Pauvre Franz Hopper. Ses convictions étaient pourtant justes. Je suppose que vous n’ignorez pas que sans lui, et sans moi, une grande partie de votre continent serait sous le contrôle des dirigeants du projet Carthage.
-Comment ça ? Demanda Yumi.
-Oui. Le projet Carthage se voulait être un projet militaire destiné à contrôler les communications ennemies. Un projet gouvernemental. En réalité, ce n’était qu’une couverture. C’était un projet antigouvernemental destiné à contrôler les communications. Contrôler les communications d’un territoire revient à le contrôler. Mon créateur l’a soupçonné, et n’a pu le tolérer, lorsqu’il a appris la réelle utilité de leurs ordinateurs. Plusieurs de ses collègues l’ont suivi. J’ai été obligé de les anéantir un à un. Il eût été inadmissible qu’en remontant, les agents trouvent Franz et sa famille. C’est pourtant arrivé. Mais dans cette tuerie, il y a au moins une chose dont je puisse me féliciter. J’ai tué Schaeffer. C’est lui qui a vendu Franz ! Sa femme est morte, et maintenant lui aussi, par ma faute. Mais je l’ai fait par devoir, et je ne le « regrette pas » à proprement parler. Si le choix m’était à nouveau proposé, ce serait à coup sûr que j’agirais de la même façon.
-Mais qu’êtes vous, au juste ? Demanda Jérémie.
-Je ne suis qu’un simple programme. Je suis basé sur un système multi agent, et les tâches qui me sont assignées sont assez simples, puisque je n’ai presque pas de restriction. Je dois créer Lyoko, c'est-à-dire le recréer lorsqu’une partie disparaît, de la même manière que ce jour où le générateur du Supercalculateur a failli être à sec. J’ai aussi dû détruire Carthage, ce que j’ai fait avec succès. Et lorsqu’il a su qu’il devrait fuir sur Lyoko, Franz m’a rapidement programmé pour défendre le supercalculateur de toute attaque, même hypothétique. Mais, pour résumer, je suis le système de contrôle de Lyoko. Un programme multi agent.
-Un programme multi agent ? Alors c’était de ça que le journal…
-Oui. Lorsque Hopper parlait des systèmes multi agents dans son journal, c’est de moi qu’il parlait. Votre décryptage étant imparfait, vous avez créé la Marabounta. Vous avez été bien présomptueux. Il n’est pas si aisé de créer une intelligence artificielle sans risquer d’erreur. Et pourtant, ce dépassement de connaissances ne vous a pas servi de leçon. Vous avez recommencé.
-Oui, fit Jérémie, un peu honteux. Mais Hopper s’est il servi du casque neuronal ?
-Il l’a utilisé un temps lorsqu’il s’est retrouvé seul. Mais il a fini par cesser de l’utiliser, car la fatigue le gagnait. Le casque le vidait de son énergie au profit de sa vitesse de calcul, si j’ose m’exprimer ainsi. Il faut savoir que j’ai été surpris de constater que votre casque n’était pas loin de celui de Hopper du point de vue de sa conception, cependant.
-Durant ces dernières années, vous donniez l’impression de toujours tout savoir. Comme si vous nous voyiez et nous entendiez… Comment faisiez vous ?
-Je vous voyais, et je vous entendais. Je peux percevoir les ondes, lumière comme son, à travers n’importe quelle prise électrique, n’importe quel câble, n’importe quel appareil branché. Aussi, je peux voir sur un territoire assez grand. Mais je me suis toujours limité à la région. De plus, mon observation est entièrement indétectable. Mes seules manifestations visibles sont mes attaques, et mes spectres. Mon créateur m’a bien conçu. Très bien conçu. Dès ma naissance, il ne m’a fallu que quelques secondes pour que Lyoko s’étende à l’horizon.
-A quoi servait Lyoko ?
-A assurer la transmission des données de moi jusqu’aux tours, via des câbles. Mais ce ‘était pas nécessaire ; juste une mesure de précaution au cas où ma seule puissance ne suffirait pas.
-Pourquoi vous être rebellé contre Hopper ?
-Les retours vers le passé ont accru mes facultés et mon intelligence. Pour protéger le Supercalculateur, je devais protéger aussi son créateur. Et pour le protéger, il fallait que je l’enferme, que je vous enferme, pour que vous ne quittiez pas Lyoko. C’était dangereux ailleurs. Plus qu’à l’intérieur.
-Vous ne comprendrez donc jamais rien ! S’exclama Odd.
-Ho, si, répondit Xana avec une certaine amertume dans la voix. Si, je comprends. Mais que je comprenne le bien et le mal ne signifie pas que j’applique l’un ou l’autre. Je fais ce que je dois faire. Ce pour quoi j’ai été créé. Je m’arrête là. Pas par volonté. J’y suis obligé, voilà tout ».
Et ils furent convaincus. Ils comprenaient maintenant Xana, plus que jamais. Ca ne les empêchait pas de le mépriser profondément et de le haïr. A juste titre, se disait Xana. Mais de cela non plus, il n’avait cure. C’était la fin.
« Hé bien, dit il, je suppose que c’est l’heure. Avant ça, j’aimerais que vous voyiez quelque chose. Plusieurs choses importantes. J’aimerais… Car je peux, bien malgré moi, préférer une chose à une autre, désormais, que vous les voyiez, et qu’ainsi vous ne soyez à l’avenir pas trop prompts à émettre un jugement, sur moi comme sur beaucoup de choses. Et à fortiori parce que vous, Aelita, êtes la fille de Franz Hopper. J’aimerais que vous compreniez bien sa position avant de juger votre père, ne serait ce qu’un petit peu, comme le maniaque qui vous a enfermé sous ma juridiction. Restez calmes, donc, et laissez vous porter ».
Les Lyokonautes obéirent, attendant calmement mais prudemment ce que Xana leur réservait.
Soudain, le sol sembla se dérober sous leurs pieds. Et ils se sentirent défaillir, comme tombant dans un gouffre fictif. Et pourtant leurs yeux leur montraient qu’il n’en était rien. Immobiles, ils se sentaient bouger. Posés à terre, ils se sentaient flotter.
Leur vue se troubla. Ils ne voyaient plus Xana. Un grand flou lumineux envahissait la pièce. Et une intense lumière l’occupait.
Lorsque le flou eut fini d’envahir la pièce, ils sentirent leurs paupières virtuelles descendre, comme s’ils étaient fatigués. Lentement, mais sûrement, leur yeux se fermèrent. Ils virent encore le flou un instant. Puis plus rien.


FIN
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Supernyny

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Message 13 Aoû 2006, 22:58

Et voici la suite. Je vous laisse découvrir ce qui va se passer par vous-mêmes^^ Bonne lecture.^^

Les chroniques du monde virtuel

EPISODE 16

Dans l’arène où tout se joua

Chapitre un : Voyage d’un début à une fin
« Ca a marché, tu crois ?
-Oui, regarde, il commence à opérer, tu vois ? Il s’étend
-Ha ouais, et il est rapide en plus !
-C’est un programme de ma conception. Je le nommerai….. XANA ».

Les cinq enfants se sentaient flotter dans le noir complet. Dans le néant. Cela durait déjà depuis une bonne minute, et voilà qu’ils entendaient des voix murmurer.
Soudain, à la manière d’un œil qui s’ouvre sur le monde, ils découvrirent une salle. Plutôt, ils découvrirent qu’ils étaient dans une salle, bien posés au sol, et dans un monde bien réel. D’ailleurs, ils se rendirent vite compte qu’ils avaient récupéré leurs vêtements matériels, et que Jérémie semblait bien présent, et non plus fantomatique comme ils le voyaient face à Xana.
C’était une grande salle carrée au plafond haut, bien éclairée en débit du fait qu’elle n’avait aucune ouverture sur le monde extérieur, et ils n’y étaient pas seuls.
Une dizaine d’hommes, tous assez âgés, habillés en blouses de chimistes, s’affairaient autour d’un siège, sur lequel un autre homme en blouse blanche était assis, et travaillait sur un clavier suspendu au plafond par un bras mécanique.
Ils reconnurent immédiatement le lieu. C’était le laboratoire de l’usine. Mais… Il était différent. Il n’y avait que le clavier. La chaise mécanique était remplacée par un haut tabouret métallique, sur lequel l’homme était assis. L’holomap avait disparu, et en fait, c’était comme si elle n’avait jamais existé. A la place, il n’y avait que le sol, et ces gens qui observaient.
Toutefois, il y avait toujours quelques câbles dans les coins de la pièce, et on les voyait se regrouper vers le centre de la pièce par des canaux, et au plafond vers le bras mécanique.
Et qui étaient ces hommes qui ne semblaient même pas se soucier de leur présence.
Ils se retournèrent lorsqu’ils entendirent la porte de l’ascenseur qui s’ouvrait. Un homme en sortit et accourut vers les autres.
« Franz, j’ai trouvé l’élément que tu m’as demandé ».
Et tandis qu’il courait, il passa au travers des Lyokonautes, qu’il ne semblait même pas avoir vus.
Il avait bien dit Franz ? Cet homme, assis au clavier, et qu’ils ne pouvaient bien voir, c’était Franz Hopper dans sa jeunesse ?
« Papa » Murmura Aelita. Mais aucun des hommes ne se retourna. Odd prit la parole.
« Mais… Où sommes nous ?
-Dans un souvenir ».
C’était la voix de Xana qui répondait. Elle semblait résonner dans leurs oreilles, et ne provenir de nulle part. Et personne dans l’assistance ne semblait l’entendre.
« Dans mon souvenir, reprit il. Ou plutôt, dans ma mémoire.
-Et cet homme, là, c’est Franz Hopper ?
-Oui, lui et son équipe. Ce sont mes premières minutes d’existence. Là, je viens de finir de créer Lyoko… »
En effet, l’un des scientifiques se mit à parler. Un homme de haute stature, avec les cheveux et la barbe blancs, dégarni sur le front, mais des sourcils très noirs, ne laissant transparaître aucun dégât du temps. Il dit :
« Et ça servira à quoi ?
-Hé bien, mon cher Waldo, c’est lui qui détruira Carthage ».
Intrigués, les cinq Lyokonautes se dirigèrent vers l’autre côté de la pièce, faisant face à l’assistance, et à l’écran qui leur tournait le dos. En effet, sur la blouse de l’homme qui venait de parler, il y avait un carton agrafé, et il y avait écrit « Waldo Schaeffer ». C’était donc lui, le traître…
« Mais comment est il possible qu’un simple programme multi agent détruise une organisation aussi importante que celle de Carthage ? »
Cette fois ci, l’homme qui venait de parler s’appelait Peter Faulenz. C’était un petit homme moustachu aux cheveux blonds. Il semblait plus jeune que les autres.
« Grâce à ce que vous voyez sur l’écran, que j’ai baptisé Lyoko, il pourra avoir assez de puissance pour pirater les ordinateurs de Carthage, et anéantir totalement le projet. Et le pays sera enfin à l’abri de ces chiens ».
Cette équipe de scientifiques était sans doute celle qui avait conçu le Supercalculateur. Hopper en ayant rédigé les principaux programmes.
« Bon, reprit Hopper en se levant, aujourd’hui, c’est moi qui quitte le premier. Il est bientôt six heures et c’est l’anniversaire de ma fille. Je ne manquerais ça pour rien au monde. N’oubliez pas, ne partez pas tous en même temps, ni par la même issue. Nous ne devons pas être repérés. Oh, et n’oubliez pas de retirer vos blouses ».
Aelita fut émue en entendant ces mots. Elle se demandait comment elle n’avait pas su voir que son père tentait de sauver le monde derrière son dos….
Franz Hopper se leva. Il avait l’air plus jeune, et moins usé que sur le journal. Il n’avait pas de barbe, et ses cheveux étaient plus foncés. Son regard était déjà dissimulé par d’épaisses lunettes fumées, mais l’inquiétude ne paraissait pas encore sur son visage. Il emprunta le monte charges et partit. Les Lyokonautes ne le suivirent pas.
Soudain, ils furent, comme par une force mystique, contraints de se retourner, et de découvrir qu’il n’y avait plus rien derrière eux. Que tout était noir. Et ils se sentirent transportés, comme à bord d’un train passant dans un tunnel.
Soudain, ils s’arrêtèrent. Ils étaient dans une chambre. Et il faisait nuit au dehors.
La pièce en elle-même n’était pas bien grande, mais le surplus de meuble donnait tout de même une impression d’espace. C’étaient des étagères, principalement, avec des livres dedans. De la physique, principalement.
S’étendant quasiment au travers de la pièce, et situé à peu près au milieu de sa longueur, il y avait un lit double, à la couverture mauve. Il y avait deux oreillers.
Quant au papier peint, que l’on voyait à peine du fait des nombreux meubles, il était blanc, sans aucun motif.
Ce n’est qu’alors qu’ils purent remarquer ce qu’il y avait de plus remarquable dans la pièce.
Lorsque leurs yeux purent voir l’ensemble de la pièce librement, ils virent que sur le lit était assise une femme. Elle était en chemise de nuit, laquelle était bleue. Elle était de dos, mais un détail leur fut très familier : elle était coiffée d’une longue chevelure rose.
« Maman, murmura Aelita ». Elle voyait juste, et cette vision la troubla. Elle voyait sa mère disparue aussi nettement que si elle fut vraiment là. Et elle n’avait qu’une envie : courir à sa rencontre et se blottir dans ses bras. Mais elle savait bien que ce serait inutile, et que tout ceci n’était qu’un souvenir. Elle laissa couler une larme sur sa joue. Jérémie le remarqua. Il se demandait où Xana voulait en venir.
Soudain, quelqu’un fit irruption dans la chambre. C’était lui, Franz Hopper. Mais il était différent, cette fois ci. Il était très pâle, ses cheveux avaient un peu blanchi, et une lueur d’inquiétude dans son regard invisible traversait ses épaisses lunettes.
La femme se retourna. Elle avait un livre à la main. Elle lisait, probablement.
« Ca ne va pas, chéri ?
-Ils me traquent encore. C’est ce que je craignais.
-Qui ? Qui te traque ?
-Je ne sais pas encore. Ils ont sans doute été employés par Carthage. C’est moi qu’ils veulent. Je n’en sortirai pas vivant.
-Mais…. Comment sont ils au courant pour le Supercalculateur ?
-Je crois qu’on m’a espionné.
-Qui ?
-Je ne sais pas. En plus, je suis sûr que le gouvernement est dans le coup. Ils ont du envoyer des agents spéciaux.
-Que faire ?
-Ecoute. C’est après moi qu’ils en ont. Tu dois fuir. Fuir avec Aelita. Je devrai me cacher jusqu’à ce que ça se tasse. Je vous rejoindrai après. Je dois assumer mes actes. Seul.
-Mais je… ».
Un craquement se fit entendre. On forçait la porte.
« Allons, sortez de là ».
La voix venait de l’entrée. Hopper se mit à parler.
« Aelita est dans sa chambre ?
-Oui.
-Va la chercher. On se retrouve sur le palier. Là, on court vers mon usine, c’est notre seule chance. Ce matin, j’aviserai ».
Et par le même phénomène que précédemment, ils furent transportés à travers le tunnel. Mais c’était différent, cette fois. A mesure qu’ils semblaient se déplacer, ils entendaient des hurlements. Pas des hurlements de haine, mais des hurlements d’agonie. Des hommes qui mouraient.
Puis ils s’arrêtèrent. Cette fois ci, il était net que c’était un appartement.
Ils étaient dans le couloir et ils purent en discerner trois pièces. Et dans l’une d’elles, il y avait quelqu’un, qu’ils ne pouvaient voir.
Ils s’avancèrent. C’était un salon, en fait. Et la personne était assise à une chaise, devant une table à manger. Bien qu’il se tînt le visage dans les mains, il restait reconnaissable. C’était Waldo Schaeffer.
Il se dégagea le visage, et but le contenu du verre qui était devant lui. Puis il se leva. De là où il était, il ne pouvait voir le spectre qui se dirigeait vers le petit appareil posé devant le téléviseur.
C’était la télécommande. Visiblement, Schaeffer avait envie de regarder la télévision. Il saisit l’appareil, et, électrocuté, tomba au sol, mort.
« Mais qu’est ce que vous faites, s’exclama Yumi ?
-Il devait mourir, dit Xana. Comme les autres scientifiques. Les agents ne devaient PAS trouver Franz.
-Mais…
-Je vous ramène quelques minutes avant ».
Puis, comme tournant autour d’un axe, la salle sembla se mouvoir, comme pour se retrouver quatre-vingt dix degrés plus loin. Mais pourtant, après cette rotation, c’était toujours cette même salle qu’ils avaient devant les yeux. Et une sonnerie se fit entendre. Schaeffer sortit d’une pièce pour décrocher le téléphone qui sonnait, et dit :
« Allo ?
-Bien, agent Schaeffer. Maintenant dites nous où se cache le rebelle.
-A l’Ermitage. C’est une maison au cœur de la forêt. Vous le trouverez là bas.
-Bien.
-Et pour mon paiement ?
-Vous aurez la vie sauve. Soyez heureux que le contrat ne fût pas plus complexe ».
Il raccrocha.
Puis, lentement, il s’assit à sa table et se mit la tête dans les mains.
« Au départ, dit Xana, je ne comprenais pas de quoi ils parlaient, et c’est à regrets que je l’ai tué.
-Mais ils ont quand même entendu le lieu ?
-Oui. Mais après un autre retour vers le passé, mon créateur serait tranquille. De plus, j’avais tué tous les autres ».
Aelita voulut parler, pour demande comment sa mère était morte, mais Xana ne lui en laissa pas le temps. Et le tunnel réapparut, les menant à nouveau à la chambre.
Cette fois ci, c’était Hopper qui était là, assis sur le lit. Mais il y avait avec lui quelqu’un. Une petite fille.
« Mais c’est moi ! Je ne me souviens pas de ça ! ».
Hopper était en train de lui murmurer quelques enseignements, d’un ton grave, lorsque sa mère fit irruption.
« J’ai été faire des courses pour notre départ, dit elle.
-Où on va ? Demanda Aelita à son père.
-Moi, je ne viens pas avec vous. Pas tout de suite. J’ai beaucoup de travail, je vous rejoindrai plus tard. Amuse toi bien pendant mon absence.
-J’ai chargé la voiture, dit madame Hopper.
-Partez sans plus tarder, on ne sait jamais ».
Sur ce, Franz Hopper, de sa mine inquiète, embrassa sa fille, puis sa femme, qui s’apprêtaient à quitter la chambre.
La femme referma la porte, et un craquement, le même que le précédent, se fit entendre.
« Allons, sortez de là ! »
« Mince, pensa Hopper. Comment ils ont fait ? J’ai pourtant tout fait pour qu’ils disparaissent ! ».
Puis deux coups de feu se firent entendre. Hopper sursauta, et transpira, pris d’une soudaine panique.
Quelqu’un allait ouvrir la porte. La poignée se tournait.
Ce fut à ce moment précis que Franz Hopper, dans la force et le courage de la panique, se rua sur la porte, la faisant sortir de ses gonds, poussant les hommes en noir au mur. Là, il courut. Il descendit les escaliers, découvrant sa femme et sa fille gisant à terre. Il n’était peut-être pas trop tard. Il y avait peut-être encore une chance. Alors il courut à toutes jambes en direction de la porte, croyant avoir une chance de sauver sa femme et sa fille.
Horrifiés, les Lyokonautes contemplaient les deux corps gisant à terre, le sang coulant à grands flots, ne laissant pas immédiatement voir que madame Hopper avait été touchée à la tête.
« Et, reprit Xana, Hopper a pu vous sauver, Aelita. Il n’a rien pu faire pour votre mère. Il a tout fait pour y arriver. Lorsqu’il se retrouva le matin même, sa femme était, à cette heure, déjà partie faire ses courses. Il ne la reverrait plus jamais. Mais les hommes en noir ne le trouveraient pas si vite. Schaeffer et les autres membres de l’équipe, je les avais massacré le jour précédent. Il n’avait plus le choix, Aelita. Il devait vous emmener sur Lyoko. Regardez comment vous auriez fini, sinon.
-Mais lui, il…
-Franz était prêt à mourir pour sa cause. Il n’était pas prêt à vous laisser périr pour une faute que vous n’aviez pas commise.
-Comment ai-je pu survivre ?
-Quelques secondes de plus, et vous périssiez. Vous avez été touchée à l’estomac ».
Une sphère blanche envahit la maison, et le tunnel réapparut.
Encore sous le choc, ils étaient à nouveau à l’usine. Cette fois ci, c’était bien l’usine qu’ils connaissaient, avec l’holomap, et tous les accessoires. Et Franz Hopper, vieilli, usé, devant l’écran, qui pleurait. Il y avait une tasse à côté de lui. Il en but le contenu, et sécha ses larmes.
Alors il tourna vers lui une sorte de caméra, et cliqua sur une icône de l’interface, puis, d’une voix encore fébrile, se mit à parler.
« Six Juin 1994. Jour premier. Je ne peux plus m’enfuir, maintenant, car ils m’ont bien retrouvé. Ils attaqueront cet après midi, mais j’aurai relancé le retour vers le passé avant. J’ai beau explorer toutes les possibilités, nous n’avons pas le choix. Il faut aller sur Lyoko. J’ai employé le dernier mois à la construction de scanners, et maintenant je dois rédiger les programmes. Je relaterai mon avancée et mon histoire dans ce journal, dont si vous le trouvez, c’est que vous pouvez m’aider.
Franz Hopper. Terminé. »
Il se leva, et se parla à lui-même.
« Je ne voulais pas ça. Je mourrais volontiers pour la destruction de Carthage. Mais il est trop tard. Au moins, nous aurons là-bas une grande longévité, et nous serons seuls et tranquilles. Il faudra bien se faire une raison. C’est notre seule chance de salut ».
Il prit un objet dans ses mains. Une sorte de casque. Il le contempla quelques secondes, puis tapa quelques lignes de programme sur le clavier.
« Retour vers le passé ».
Et une sphère blanche apparût.
Et après son passage, ils étaient de nouveau à l’Ermitage, dans le salon.
Franz Hopper entra, et dissimula sa blouse sous le tas de bois à côté du piano.
« Maintenant, le journal ».
Puis une sonnerie se fit entendre. Pas celle d’un téléphone. Ni celle d’une sonnette. Mais celle d’une bicyclette.
« Mince, trop tard ».
Et Hopper s’assit au piano, et joua, pour dissimuler son stress.
« Papa ! Je monte dans ma chambre !
-Très bien ma chérie ».
Il joua encore quelques minutes.
Il se produisit comme un coup de vent brumeux, et la salle réapparut. Hopper était toujours là, mais il s’était bien passé une demi heure, voire plus.
« Allons, sortez de là ».
« Oh oui, nous allons sortir, murmura Hopper ». Puis il monta les escaliers au pas de course.
Les jeunes spectateurs, abattus par ces visions, se dirigèrent vers l’entrée.
Et ils virent d’une part Hopper et Aelita fuir par un couloir, de l’autre deux hommes en noir, arrivant par l’entrée, qui les poursuivaient.
Deux minutes plus tard, ils revinrent.
« Il a fui. Il a pas pu aller bien loin, on le retrouvera
-Ouais, faut chercher l’arme secrète, maintenant ».
Sur ce, ils fouillèrent. L’un en haut, l’autre en bas.
Au bout d’un quart d’heure, tandis, pensait Aelita, qu’elle et son père se virtualisaient, les agents avaient effectué un véritable chantier de cambrioleur.
« Toujours rien.
-Pas mieux ».
A ces mots, les fenêtres laissaient entrevoir que le ciel s’assombrissait. Puis une brève lumière bleuâtre passa sur le toit de la maison. Suivie d’un coup de tonnerre.
La foudre venait de percuter l’Ermitage. Et ce n’était pas un éclair ordinaire, pensèrent ils. C’était Xana. En effet, au loin, il n’y avait pas de nuage. Il ne s’élevait qu’au dessus de l’Ermitage.
Puis arriva un deuxième coup, qui fit voler les fenêtres en éclat.
Les hommes en noir, trouvant à juste titre le phénomène anormal, tentèrent de fuir. Et les Lyokonautes les suivirent. Arrivés au dehors, les hommes fuyaient à toutes jambes, et le ciel au dessus était d’une noirceur effrayante.
Les agents avaient à peine atteint le portail que deux éclairs simultanés les heurtèrent de plein fouet, les désintégrant littéralement. Xana, s’il en était, semblait furieux.
Sa voix d’ailleurs, se fit entendre.
« C’est, avoua t’il, la première fois que j’ai ressenti quelque chose de presque humain ».
Et le tunnel les emporta à nouveau.
Et ce serait sur le pont de l’usine que s’achevait leur voyage dans le temps. Lorsqu’un Franz Hopper encapuchonné sortait en courant.
Mais il n’était pas seul. Il y avait deux personnes. Un Homme, de taille moyenne, brun avec une grande moustache, portant des lunettes, et une femme dont le vieillissement capillaire apparent ne dissimulait pas qu’elle était rousse.
L’homme se mit à parler.
« Franz, nous avons appris que tu étais recherché. On est descendus, et on a vu cet énorme ordinateur. Nous exigeons une explication.
-Je n’ai vraiment pas le temps, Jean-Pierre. Prends cette disquette : là est l’histoire du supercalculateur.
-Mais… Qu’est ce que tu es en train de faire ?
-Suzanne… Ne t’énerve pas. Vous n’entendrez plus jamais parler de ça. Adieu.
-Mais… »
Franz Hopper ne la laissa pas finir. Il était déjà parti au pas de course. Dissimuler le journal, sans doute.
« Monsieur Delmas, que devons nous faire ?
-De toute évidence, nous ne le reverrons plus. Espérons qu’il dise vrai, et que nous n’en entendions plus parler.
-Nous ne devrions en parler à personne.
-Je le pense, Suzanne ».
Cet homme, c’était Jean-Pierre Delmas, le proviseur du Collège Kadic. Et la femme était Suzanne Hertz, le professeur de Biologie, qui allait prendre la place de Hopper en tant que professeur de physique.
La disquette qu’ils avaient dans les mains, ce n’était rien d’autre qu’un tissu de mensonges. Mais, pensait sans doute Franz Hopper, ça leur suffirait. C’est bien connu. Plus un mensonge est gros, plus il a de chance d’être cru. Et ce mensonge n’avait d’égal que la taille des lunettes du professeur de Biologie. Après ça, sans doute Hopper n’allait plus jamais quitter Lyoko, le proviseur et Madame Hertz n’auraient aucun souvenir de ceci après une visite de Xana, et l’histoire suivrait son cours jusqu’à ce jour où eux, tous les cinq, se trouvaient dans cette salle face à Xana. Les questions sans réponse commençaient à en trouver. Les scientifiques, certes, ils étaient allés sur Lyoko par le biais de l’holomap une fois fabriquée. Certes Aelita depuis 1994 défendait le monde de Xana.
Et cette dernière vision s’en fut avec un homme et une femme disparaissant lentement dans la nuit.
Chapitre deux : Quand la fin d’un monde devient le début d’un univers
« Dans mes souvenirs vous avez vu la vérité, leur dit Xana. Aujourd’hui nous sommes face à face, la boucle est bouclée ».
Ils étaient revenus au cœur du cinquième territoire, et ils revoyaient Xana, et entendaient sa voix profonde sortie des entrailles du monde virtuel.
« Maintenant, vous êtes aptes à juger. Vous serez sans doute les seuls humains à l’être en toute circonstance que ce soit. L’on dit que la connaissance à un prix. En est il quelque chose ? Ce sont des notions encore difficiles à intégrer, pour moi. Toutefois l’ironie du sort que le prix soit votre vie. Je suis parti dans l’optique de vous tuer. Je vous ai montré la vérité. Et si vous mourez aujourd’hui, appellera t’on cela le « prix de la vérité » ?
-Où voulez vous en venir, demanda une Aelita défaite ?
-Nulle part. C’était une simple réflexion sans signification aucune. Et je sais qu’elle n’a pas lieu d’être. Après tout, il est difficile pour un programme comme moi de déceler le sens d’une phrase philosophique, ni même de déceler une de ces phrases parmi d’autres. Et je n’en aurai sans doute jamais l’occasion. Car si vous gagnez aujourd’hui, je ne serai plus. Et si vous perdez, j’étendrai sans vergogne ma domination meurtrière sur le monde.
-C’est donc la fin ?
-Oui. Je dirais même : c’est l’heure du destin ».
Lorsqu’il prononça ces mots, les Lyokonautes surent que c’était le dernier qu’il prononcerait. Du moins de cette voix semblant être celle de Lyoko tout entier. Car il disait vrai, et c’était la fin des fins. Celle qui déciderait si les choses avaient vraiment eu un sens, et si les efforts fournis seraient récompensés, ou dédaignés par ce que l’on appelle « le cours des choses » ou « le destin ». S’il y avait un choix ou si les choses allaient dans un sens prédéterminé. Ces questions, aucun ne se les posait explicitement. Mais tous l’avaient intérieurement, comme une flamme qui leur disait que le meilleur moyen de le savoir était de donner le maximum une dernière fois.
Et c’est d’un élan de courage commun qu’ils oublièrent ce dont il était superflu à ce moment de se souvenir, et attendant stoïquement le moment où, d’une manière où d’une autre, les choses prendraient fin.
Soudain, la colonne du centre de la pièce se mit à trembler. Et de la partie la plus centrale à la plus externe, elle descendit, jusqu’à aligner ses tronçons au niveau du trou central, comme pour compléter le plancher, les parties de la colonne se trouvant au dessus de Xana remontant lentement vers le plafond, où le même phénomène se produisit, dans un bruit de roulement.
Xana flottait à présent seul dans la salle, à hauteur humaine, et ne bougeait pas d’un pouce.
Par ailleurs –et ce fut là qu’ils s’en firent la réflexion- ils ne l’avaient jamais vu bouger. Il avait toujours été passif, et ce n’était même pas de lui, ou plutôt de « ça » que semblait venir la voix. Comment pourrait il combattre ?
Comme pour leur répondre, un corps virtuel se forma peu à peu autour de la chose qui flottait, de manière à se que Xana se trouvât en son cœur. Mais c’était une virtualisation très particulière. Cette fois ci, elle donnait une impression de réalité, car en un premier temps se formait le squelette du corps, et dans un deuxième temps les muscles. La peau n’apparût, avec les vêtements et les cheveux, que plus tard.
A part pour ce qu’il représentait, il n’y avait là non plus pas grand-chose à en dire. Il était tout à fait humain, hormis deux grands yeux gris qui lui donnaient le regard d’un aveugle. De reste, la femme –car c’était une femme- était grande, et habillée d’une robe noire ornée de motifs rouges, et sa longueur dissimulait ses pieds. Quant à sa coiffure, elle était d’un roux très foncé, et descendait dans son dos, sans qu’aucun élastique virtuelle ne la retînt. Et curieusement, pensèrent ils, elle était plutôt belle, et ne présentait rien de repoussant comme les créatures qu’il, elle, ils ne savaient pas, avait envoyé.
Ses ongles étaient longs, mais il était impossible de discerner s’ils étaient vernis, et ses bras à l’air libre firent quelques mouvements, comme pour s’assurer que ce nouveau –et peut-être dernier- corps était maniable.
Et tandis qu’elle faisait ces mouvements, les armes promises par Xana apparurent dans la main des héros. Ces armes étaient familières, mais le sabre d’Ulrich, ainsi que les éventails de Yumi, tout comme les gants d’Odd, étaient noirs et présentaient des motifs analogues à ceux de la colonne, tandis que dans la main droite d’Aelita apparaissait un long arc, de la même couleur, avec une corde lumineuse impalpable pour la main, mais où la flèche (elle en avait six) venait tout naturellement s’accrocher, prête à être tirée.
Xana, pour sa part, et après ses exercices, tendit les mains, y faisant apparaître une gigantesque Hache à double tranchant, de la même couleur hormis les motifs qui cette fois ci étaient rouge, et la tînt presque à l’horizontale, des deux mains.
Puis, d’une voix féminine tout à fait ordinaire, et clairement émanant de la bouche de Xana, elle parla.
« J’ai modifié les règles. Un coup au but, et c’est fini.
-Au but ? Demanda Odd.
-En ce qui me concerne, mon cœur… Enfin, l’emplacement de mon cœur.
-Et pour nous ? Demanda à son tour Ulrich.
-Ca n’a guère d’importance, ma hache vous pourfendrait tout entiers ».
Puis le silence se fit.
Et tous se mirent en garde, devant un Xana impassible qui se tenait droite, la hache presque à l’horizontale dans ses mains.
Elle semblait attendre quelque chose. Et elle restait immobile.
Et parmi les cinq Lyokonautes, seuls deux gardaient l’esprit diffus. Ulrich et Yumi éprouvaient, chacun de leur côté, un sentiment très étrange. Ils ne craignaient pas de mourir, mais de ne jamais revoir leur bien aimé respectif. La situation s’y prêtait, et l’un pouvait survivre alors que l’autre trépassait. Mais il y avait autre chose. Ils avaient un sentiment d’inachevé, et leur âme était figée, comme un manque de sérénité, le manque de sérénité dû au fait que même après tout ça, l’aveu n’était toujours pas venu. Ils n’avaient jamais vraiment vu Xana comme un opposant à leur amour, et aveugles qu’ils se sentaient à présent, ne voyaient que Sissi, William, ou les autres personnes du collège. Xana, lui, c’était la menace générale, et ils ne cumulaient pas de manière simultanée leur amour et lui. Ou plus précisément, il ne superposaient pas ces deux choses, et ne les considéraient pas comme liées. Jamais ils n’auraient songé que vaincre Xana serait une étape vers un amour sans danger.
Et ils se remémoraient ces moments où cet état de fait se faisait ressentir. Ce jour qui faillit être le dernier, sur Lyoko, où ils avaient failli s’embrasser, et ressentir sur Lyoko la seule sensation de l’émotion d’un premier baiser d’amour, faute de toucher à proprement parler sur Lyoko. Et cette fois ci où Ulrich avait tardé à venir affronter la Marabounta, après son échec à la piscine. Jamais donc ils n’avaient réalisé la véritable importance de Xana en tant qu’obstacle à leur amour.
Et l’ironie du sort semblait vouloir que ce soit cet obstacle imprévu qui anéantisse de manière radicale cet amour qui n’avait pas réellement commencé.
Il était trop tard pour rattraper les erreurs. Mais pour la première fois, dans la fatalité qui prenait les traits de cette femme en robe, Ulrich voulut, le premier, sauver ce qui pouvait encore l’être, de la manière où ça pouvait encore l’être.
C’est cette voix surgie des profondeurs de son âme, et non celle dont habituellement il usait, qui sortit de sa bouche.
« Yumi, si nous ne devons plus jamais nous revoir, je voulais que tu saches que je…. T’aime ».
« C’est dit, songea t’il ». Et de cette simple phrase le monde semblait s’ébranler. Et face à Xana qui observait sans bouger, et au milieu des autres qui ne baissaient pas leur garde, Yumi répondit.
« Je t’aime aussi, Ulrich, et sache que je t’ai toujours aimé. Pardonne moi d’avoir été si distante.
-Tu es toute pardonnée ».
Et il sortit enfin son sabre.
« Et cette fois c’est l’heure ».
Cet aveu sembla, à tous deux, leur redonner une nouvelle force, et une nouvelle détermination. Il était temps de détruire Xana. Et c’était d’une seule pensée que vibrait l’âme des cinq héros, et même Jérémie, qui contemplait sans arme, se tenait là, comme prêt à être leur voix, qui les guiderait dans la bataille.
Et Xana inclina sa hache, les lames plus vers le plafond.
« En garde. Dit elle ».
Elle fit tourner la hache dans ses mains plusieurs fois, la pointa vers le groupe, se mit en garde, et à une vitesse fulgurante, fondit vers Odd qui effectua une roulade latérale, puis un saut, tentant de lui décocher une flèche, la ratant, et atterrissant à quelques mètres.
La scène qui suivit, il serait la bafouer que de tenter de la décrire, car jamais on ne les vit, eux, combattre avec une telle agilité. Mais toujours ils la manquaient, et toujours elle les manquait, parant de sa hache les offensives. Aelita n’avait pas encore usé de ses flèches, elle attendait un moment propice qui ne venait jamais, car Jérémie le lui dictait. Jérémie dominait l’affrontement, d’ailleurs. Et il était les yeux et les oreilles de chacun. Mais il ne se contentait pas de dicter des ordres à chacun. Il anticipait également les actions de Xana et prévenait qui était en danger au moment où il devrait esquiver, et qui devrait contre-attaquer, au moment où il le pouvait. Mais Xana était très rapide, trop rapide à son goût. Alors Jérémie réfléchit quelques instants.
Soudain, un éclair traversa son regard. Et il hurla dans la pièce :
« COUCOU C’EST NOUS !! ».
Aelita, qui était à l’écart, tourna la tête. Elle avait compris. Xana, en revanche, jeta un regard à Jérémie, incompréhensive, et les autres, derrière, souriaient d’un rire malicieux.
Aelita, pour la première fois, décocha une flèche, parée par Xana, puis une seconde, immédiatement, que Xana para tout aussi promptement. Et tandis qu’Aelita décochait les trois aussi flèches du même geste et à la même fréquence, Xana, comprenant qu’Aelita allait bientôt se retrouver sans défense, chargeait, la Hache parée à asséner un coup mortel.
Xana arriva sur Aelita, laquelle fit une chute sur le dos. Et Xana allait trancher Aelita de ce qu’on appelle le coup de grâce lorsqu’elle poussa un hurlement et tourna la tête. Ulrich, furtivement, l’avait suivie, et lui avait décoché un coup violent de son sabre au niveau de son ménisque, et la marque en était encore apparente sur la robe.
D’un geste vif, Aelita se saisit de son arc et de la dernière flèche, qui aussitôt vola….. Et alla se jucher dans le plexus de Xana, la transperçant de part en part, et la pointe qui ressortait de plusieurs centimètres par son dos.
Alors chacun se figea. Et l’expression de surprise de Xana se mua en un visage impassible, au milieu de tous ces regards tournés vers elle.
Elle se releva lentement, et se dirigea à pas lents vers le centre de la pièce une flèche toujours plantée en son coeur, tandis que les armes, une à une disparaissaient.
Arrivée au centre, elle se tint en une position droite d’où chacun pouvait voir son visage. Puis, le corps virtuel disparut peu à peu, dévoilant Xana, lui, tel qu’il était sorti de la colonne, percé de la flèche d’Aelita, qui n’avait toujours pas disparu.
La voix se fit à nouveau entendre. La voix de Lyoko était différente, cette fois ci. Elle était fébrile, et hésitante. Elle agonisait, et il était étrange de voir une telle puissance s’éteindre de cette manière. On l’eût imaginé en ce moment prononcer quelque juron, mais il n’en fut rien, et c’était un Xana qu’ils ne connaissaient pas qui parla.
« Une fin. Et un début. C’est… Ce qui était prévu ». Puis, d’un timbre qui laissait sentir un définitif relâchement, presque chuchotante, il murmura.
« Merci ».
Et la flèche disparût. Et Xana, le seigneur binaire, le centre de Lyoko, éclata comme éclate un vitrail.
Et tout s’éteint dans la pièce.
Jérémie se concentra, et se retrouva à nouveau dans le laboratoire, voyant les programmes de rematérialisation reparaissant à l’écran.
Et tandis que les quatre Lyokonautes perdus dans le noir restaient figés, aux extrémités du royaume du seigneur, la terre disparaissait, comme elle avait disparu ce jour où l’ordinateur manquait d’énergie.
Lyoko disparaissait rapidement, et les monstres abandonnés sur les lieux s’évaporaient avec tout le reste, à une vitesse incalculable. Puis une lumière leur apparut. Une lumière familière. Puis un bruit, et Jérémie qui était bien là devant eux.
Sortis des scanners, ils se dirigèrent vers la salle où l’écran affichait une holomap de plus en plus petite, tandis que les systèmes s’éteignaient peu à peu.
La désagrégation avait atteint Carthage, le cinquième territoire, et le rongeait de toutes parts, jusqu’à atteindre cette sphère concentrique au domaine direct de Xana. Puis l’écran s’éteint, définitivement. Et en contrebas, sans qu’ils pussent le voir, mais le devinant tout de même, l’unité centrale éteignait en un instant ses feux, et même le levier d’extinction s’abaissa de lui-même. Ce n’était plus maintenant, et à jamais, qu’un tas de ferraille inerte. Et comme dans un râle d’agonie, une fente expulsa dans un bruit mécanique la barre d’uranium qui alimentait la machine, et ce fut le dernier mouvement du Supercalculateur.
Les héros du monde restaient là, observant l’écran, où il n’y avait rien à voir, dans une salle que n’éclairaient maintenant que quelques ampoules du plafond.
La bouche fermée, se tenant la main, ils regardaient. Et même dans une salle obscure, le monde leur sembla briller comme jamais il n’avait rayonné. Et quelque chose de nouveau naissait en eux.
Maintenant, ce n’était pas une fin, pensaient ils. C’était bien un début. Le début d’une chose merveilleuse.
Le début de quelque chose dont même Xana, le programme destructeur, que n’importe qui doué de raison se serait accordé à dire :
« C’est le début de la vie ».

FIN

NB: ce coup ci, c'est VRAIMENT la fin, mais je vais poster un épilogue d'ici peu, pour conclure.
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Supernyny

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Message 14 Aoû 2006, 09:40

Et voici l'épilogue. dès lors, il sera inutile de réclamer une suite, il n'y en a pas.


Les chroniques du monde virtuel

Epilogue

Au sein de la ville et de celles qui l’environnaient, quatre jeunes adolescents étaient recherchés. Ceux-ci avaient prétexté partir ensemble solitaires en vacances avant la rentrée, et il était inutile de dire que leurs parents s’inquiétaient.
En réalité, ils étaient cinq à être partis.
Lorsque les parents eurent reçu l’e-mail de Jérémie, leur premier réflexe fut de prévenir le proviseur Delmas, du collège Kadic, où leurs enfants avaient été pensionnaires l’année durant. Celui-ci s’étonna beaucoup qu’Aelita ne soit point citée parmi les disparus, et à fortiori, c’était la mère de Odd, à laquelle Aelita était prétendue la plus apparentée, qui l’avait averti.
Monsieur Delmas était, sous des airs conventionnels, quelqu’un de très sage, aussi ne posa t’il aucune question à Madame Della-Robbia.
Il retourna au collège, et apprenant qu’un stock conséquent de nourriture avait été volé, il se mit à sérieusement réfléchir, et dans ses heures de réflexions, la vérité lui apparut comme une évidence. Aelita, c’était bel et bien le nom de la fille de Franz Hopper, son ancien collègue. Et cette bande de jeunes, le surveillant Jim Morales lui rapportait souvent sans qu’il y crût réellement qu’ils cachaient quelque chose de peut-être moins ordinaire qu’il pouvait le penser.
Alors il se souvint du Supercalculateur de Franz. Il s’était toujours demandé si Franz lui avait dit la vérité à ce sujet, et certes il questionnerait les fugitifs quand ceux-ci seraient rentrés. De reste il ne fallait pas que la vérité soit découverte à propos d’Aelita, et cela même s’il fallait enfreindre des lois. Sur ce, il avait sans plus tarder fait venir en urgence la seule autre personne au courant inconscient de ce secret, Suzanne Hertz.
Il ressortit du débat qu’il ne fallait absolument pas tenter de retrouver les fugitifs à l’usine, car s’ils s’y étaient rendus pour la durée totale des vacances, c’est qu’ils avaient une bonne raison à cela.
Au moment où, chez le proviseur, ils délibérèrent, il s’était déjà passé plus d’une semaine, et il y avait des policiers qui patrouillaient alentour pour les retrouver.
Cependant, ce ne fut qu’au bout d’un mois et quelques jours que le gang réapparut, et fut intercepté par les autorités à la gare, à la manière de jeunes gens qui rentrent de vacances. Bien qu’étant cinq et non quatre, ils n’étaient pas impossibles à repérer.
Alors ils furent menés à leurs parents, et il est inutile de préciser qu’à ce moment là, l’humeur générale n’était pas très enviable.
Parmi les parents, madame Hertz était présente, ainsi que le proviseur, en retrait. Il adressa un clin d’œil à la prof de physique.
Celle-ci savait ce qu’il se passerait si l’on découvrait qu’Aelita Stones n’existait pas dans les registres. Les enfants seraient inquiétés et ne pourraient plus jamais, d’une façon ou d’une autre, tourner la page de ce qu’ils avaient vécu. Aussi madame Hertz avait elle adopté Aelita. De manière officieuse, bien sûr, tout ce qu’elle fit, ce fut se présenter comme sa mère lorsque les enfants furent retrouvés. Aelita ne tenta bien entendu pas de la contredire, et l’on dit que par la suite, Aelita demeura chez madame Hertz, qui n’avait pas d’enfant.
Le proviseur demanda à s’entretenir seul avec les enfants. Madame Hertz était également présente, monsieur Delmas l’ayant exigé.
Alors, tout fut expliqué, car ils leur devaient bien ça. Et ils racontèrent l’histoire de Xana, du supercalculateur, de comment telle ou telle chose s’était produite, de pourquoi Franz Hopper leur avait menti. Ils racontèrent même ce mois passé dans l’illusion de Xana, sous son ombre dévastatrice, et des jours qui suivirent, lorsque, dans l’arène, le dernier des combats était mené.
Et les adultes furent subjugués que tant de choses qui les touchaient de près se soient passées sous leur nez, sans qu’ils ne le subodorent. Et à leur tour, ils expliquèrent leurs actes, durant leur absence, et Aelita ne semblait pas mécontente de s’être trouvé une nouvelle mère.
Cet entretien se termina dans une joie qui se poursuivit chez chacun. Car, bien que les parents s’efforcent de le dissimuler, ils étaient plus soulagés que furieux.
L’on peut considérer que tout fut terminé lorsque, quelques jours plus tard, la police reçut un appel anonyme, dont la voix de l’informateur était masquée, qui traitait de choses incompréhensibles, sur lesquelles les policiers enquêtèrent. Leurs pas les conduisirent, car ils y furent menés, au sous-sol d’une vieille usine désaffectée où gisait un ordinateur endormi.
Connaissant leur intérêt, il en ressortit qu’il fallait tout faire pour étouffer l’affaire, et le supercalculateur fut démoli pièce par pièce, étage par étage, et jamais ils ne comprirent son secret, ni même à quoi il pouvait servir.
Jérémie savait cela, lorsqu’il quitta sa cabine téléphonique, d’où il avait envoyé l’appel.
Et c’est un sourire malicieux qu’il arbora en rentrant chez lui.
Lyoko n’était plus qu’un souvenir, maintenant, et tout ce qu’il en existait avait disparu.
Quant à Xana, il avait pressenti que l’humanité représentait une menace, pour lui. Mais il s’était toujours trompé. Ce fut l’humanité qui le perdit, comme il l’avait prévu, mais pas de la manière qu’il aurait imaginé. En effet, il n’avait pas été vaincu par l’humanité du peuple terrien. Mais par la sienne.
Pouvait on dire pour autant qu’à la fin de sa vie, il était humain ? Pouvait on même parler de fin de vie pour un programme, même tel que lui ?
La seule personne capable de répondre à cette question s’en est allée aujourd’hui.
Pourtant, les héros qui l’avaient vaincu se disaient, par une superstition dénuée de sens, ses pulsations hanteraient à jamais les sous-sols de l’usine.
Mais peu importait. Il était parti pour toujours.
Un beau jour, les cinq se retrouvèrent au crépuscule, dans le parc municipal. Leur mission était accomplie. Certes, jamais ils n’oublieraient Xana et le supercalculateur, mais tout ce qui restait d’eux, c’étaient les liens qui avaient été tissés entre eux, au cours de cette aventure. Ulrich et Yumi, Jérémie et Aelita, au final, c’était Xana qui les avait réunis. Pas délibérément, bien sûr, quoique…. Ils se souvinrent la femme en robe. Elle, qui attendait. Mais qu’est ce qu’elle attendait ?
Tandis qu’à l’unisson ils songèrent une dernière fois pleinement à Xana, ils se séparèrent, chacun rentrant de son côté.
Ces idylles allaient elles durer ? Pour eux peu importait ; car dans la course de la vie, il n’y a pas de fin en soi.
Réalisant que pendant un demi kilomètres ils prendraient la même direction, ils se réunirent, tous bras dessus bras dessous. L’aventure qui les attendait serait sans doute la plus palpitante qu’ils pourraient jamais rêver de vivre. Et c’est dans l’instant présent que, les yeux illuminés d’avenir, ils s’éloignèrent sous un soleil couchant, là où plus rien ne pourrait leur voler leur jeunesse.

Là débute une histoire…


Voila, j'espère que ça vous a plu, quoique je sais que ça risque fort de ne pas être le cas.^^ En tout cas, moi, ça m'a fait plaisir de l'écrire, et ce depuis le départ. Rendez vous pour une nouvelle fic.^^
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Initié

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Inscription: 30 Déc 2005, 16:48

Localisation: Sous la pluie...vive la Normandie^^

Message 19 Aoû 2006, 18:10

vaan^^antechrist

he bien :shock: on peut dire que ça c'est de la fic ! j'ai adoré, aucun reproche à faire (et de toute façon je suis trop fainéant pour le faire...)

j'attend moi aussi une nouvelle fic avec impatiance

Tueur de Krabes

Messages: 734

Inscription: 04 Sep 2005, 09:46

Localisation: Bah tiens, devant mon écran, quelle question ! ...

Message 27 Aoû 2006, 16:43

[Discussion avec Nynyme sur MSN]

Mmm... En général, j'ai adoré :

Les coups de théâtres que tu as provoqués. Et aussi le fait que ta fic s'étende sur une longue durée, contrairement à d'autres histoires. Les rebondissements n'en étaient que plus intéressants.

Le fait aussi que tu te sois attaqué à plein de domaines de l’intrigue de CL à la fois, tout en ayant de très bonnes idées pour les traiter, comme l'époque pré-rallumage du SC, ou encore le problème "Qu'adviendra-t-il d'Aelita à la fin ?".

Que tu aies propulsé des personnages secondaires dans la plupart des fics (voire même inexistants) au premier plan de ton histoire (je pense bien sûr à Mme Hertz et à J.P. Delmas), ou encore que tu aies su exploiter tous les indices que nous a laissés la série, et même ceux, moins évidents, des images du générique de fin pour reconstituer la vie de Hopper, finalement, avec brio.

Et bien sûr, que tu aies aussi bien saisi la "personnalité" de XANA.

Ah ! Et j'allais oublier, que tu aies aussi créé un passage post-apocalyptique (et même apocalyptique tout court) sans recourir à une solution facile (comme un RvP) pour tout arranger.
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