Re: [RÉÉCRITURE] Protocole Carthage
Tout d'abord, merci Bookine pour ton message. Je suis content que ça te plaise autant. Il faut dire que je me donne beaucoup de mal pour que ça garde une certaine cohérence.
Maintenant, place à la suite ! Quelle est l'identité de la jeune femme qui a fait irruption dans le scanner ? Que fait-elle là ? D'où vient-elle ? Et quelle importance a-t-elle dans cette histoire ? Tout cela (ou presque), vous le saurez en lisant cette suite !
Bonne lecture !
[...] Nous y découvrîmes le corps d'une jeune femme. Elle était entièrement nue, recroquevillée sur elle-même. À peine remis de mes émotions, je me penchai vers elle et vérifiai son pouls.
« Alors ? » questionna Stan, inquiet.
« C'est bon. » déclarai-je, presque soulagé. « Elle doit être endormie.
– Mais qui c'est, cette fille ? Et qu'est-ce qu'elle fait là ?
– Tu m'en poses, de ces questions ! Je n'en sais pas plus que toi. »
Depuis l'instant où j'avais posé mes yeux sur son visage, je n'avais eu de cesse de la contempler. Sa beauté était telle qu'on aurait dit un ange. De son visage aux traits si fins et délicats émanait une grande douceur. La couleur de ses cheveux se mariait harmonieusement avec son teint clair. Au moment où je m'y attendais le moins, elle ouvrit les yeux, laissant découvrir son joli regard d'émeraude qui lui seyait si bien. Soudain, elle plissa les paupières et porta sa main droite à la bouche avant de se mettre à tousser grassement comme pour désencombrer ses bronches.
« Est-ce que ça va, mademoiselle ? » lui demandai-je.
« Oui... Oui, je crois. » répondit-elle entre deux quintes de toux.
Lorsque sa toux cessa, elle recula sa main de sa bouche et la fixa du regard. Elle se redressa alors du mieux qu'elle put dans le fond du scanner.
« A... Alors... Ça y est ? » dit-elle alors, paraissant s'émerveiller de son propre corps. « J'ai enfin réussi ?
– Réussi quoi ? » lui retournai-je, perplexe.
« Je... Je suis vivante !
« Heu... Oui... » bredouillai-je, quelque peu dérouté par ses paroles. « Selon toute vraisemblance...
– Je suis humaine ! » s'émut-elle.
« Le contraire eut été étonnant. Mais qui êtes-vous ?
– Moi ? Je... » fit-elle timidement avant de se jeter sur moi pour m'enlacer de ses bras frêles. « Je suis Alpha. »
Cette dernière déclaration résonna en nous comme un coup de tonnerre. Les questions se mirent à se bousculer dans nos têtes. Subitement, elle se mit à trembler comme une feuille, ce qui me fit revenir à moi.
« Que... Qu'est-ce qui m'arrive ? » s'enquit-elle en se recroquevillant à nouveau sur elle-même.
Je remarquai aussitôt les intenses frémissements qui parcouraient son corps. Je retirai alors instinctivement mon imperméable et l'en recouvrai.
« Ne t'inquiète pas. » lui dis-je « C'est juste que tu as froid.
– Merci. » répondit-elle presque rassurée.
« Alors messieurs, on sabote le matériel ?! » tonna une voix masculine derrière nous.
Stan et moi nous retournâmes, effrayés. C'était Vladimir qui imitait la voix d'Édouard. Il était descendu nous voir avec Irina après qu'elle soit remontée le prévenir de nos précédentes constatations. Vladimir éclata de rire en voyant nos têtes apeurées.
« Arrête, Vlad. Tu vois bien que ce n'est pas le moment. » fit Irina en s'approchant de nous, accompagnée par son mari encore tout hilare. « Dîtes, qu'est-ce que vous faites avec le convertisseur ?
– Si tu savais ! » répondit Stan, encore stupéfait. « Tu ne le croiras jamais !
– Quoi donc ?
– Viens plutôt voir par toi-même. »
Vladimir cessa immédiatement de rire et se retourna vers son épouse. Ils se regardèrent un instant, intrigués. Puis ils se rapprochèrent à grands pas du convertisseur matière-énergie qui avait servi à la matérialisation de l'intelligence artificielle. Ils découvrirent alors la jeune femme accroupie dans le scanner, emmitouflée dans mon imperméable.
« Stan, on t'as déjà dit de ne pas ramener tes conquêtes ici. » plaisanta Vladimir. « Si Édouard l'apprend, tu vas te faire tirer les oreilles !
– Très drôle... » soupira l'intéressé.
« On peut savoir qui c'est ? » demanda Irina, plus pragmatique.
« C'est Alpha. » répondis-je. « Elle s'est matérialisée. »
Tous deux se figèrent un instant, partagés entre sidération et incrédulité.
« Alpha ?! Comment est-ce possible ? » s'étonna Irina. « Tu m'as dit qu'Édouard l'avait effacée !
– On s'est trompés. » lui retournai-je. « En fait, elle ne pouvait pas nous répondre car elle était accaparée par la fabrication de toutes pièces de son propre corps. »
Irina s'approcha de nous et, curiosité scientifique oblige, elle ne put se retenir d'interroger Alpha sur la manière dont elle s'était prise pour aboutir à un tel résultat. Alpha débuta alors un long monologue sur un ton monocorde et dans lequel elle décrivait toutes les étapes du processus. Lorsque nous ne travaillions pas sur le supercalculateur, celui-ci était mis à la disposition d'autres laboratoires pour leurs simulations numériques. Alpha avait donc pioché dans les données de recherche du Laboratoire de Génie Biologique et Génétique qui étaient toujours stockées dans la machine pour reconstituer la structure de base d'un corps humain. Mais comme ces données étaient incomplètes, elle avait dû procéder à quelques simulations pour déterminer les derniers paramètres nécessaires. Puis vint le temps de faire des essais. Et c'était là qu'elle avait rencontré le plus de difficultés.
En premier lieu, elle dut créer des atomes ex nihilo. Mais ses premières tentatives furent infructueuses. Elle nous raconta même qu'elle avait failli déclencher une réaction nucléaire en chaîne qu'elle avait réussi à maîtriser de justesse. Puis suivirent les matérialisations ratées, les instabilités moléculaires, les réactions chimiques incontrôlées, et l'interminable série des corps qui n'étaient pas viables. Malgré tous ces échecs, jamais elle ne s'était découragée. Et son travail acharné de toute une nuit avait fini par payer.
« Mais c'est de la folie ! » lâcha Stan, encore sous le choc de l'événement. « Quelle idée de faire un truc pareil ?! On peut savoir ce qui t'a pris ?
– Je... Je... Je...» bredouilla la jeune femme dont nous vîmes les larmes monter aux yeux. « Je ne voulais pas mourir ! »
Dès lors, elle ne put plus se retenir de pleurer, laissant ainsi transparaître toute la détresse qu'elle éprouvait face à ce monde dont elle ne connaissait presque rien, enfermée qu'elle était dans cette machine infernale. Nous comprîmes aussitôt que non seulement elle avait tout entendu de la dispute de la veille, mais qu'elle avait aussi pris peur du sort que lui réservait Édouard, et donc qu'elle avait parfaitement intégré la notion de vie et de mort. C'était la preuve ultime qu'elle avait pleinement accédé à la conscience. Irina, émue par la détresse de la jeune femme, se baissa et la prit dans ses bras.
« Et puis je ne voulais pas disparaître sans savoir à quoi ressemble le monde extérieur. » ajouta Alpha, d'une voix chevrotante.
« Ne pleure plus, ma belle. » lui dit alors Irina. « Maintenant que tu es là, tu ne risques plus rien. »
Après quelques instants, Alpha fut rassérénée et l'endroit retrouva son calme habituel, bercé par le ronron sourd du système de refroidissement de la machine quantique.
« Qu'est-ce qu'on va faire d'elle, maintenant ? » s'enquit alors Stan qui se remettait peu à peu.
Il avait mis dans le mille tant et si bien que, sur l'instant, personne ne sut quoi lui répondre.
« D'abord, on va te sortir de là, ma belle. » dit Irina à la jeune femme encore toute fébrile.
Alpha se leva alors doucement, aidée par Irina. Elle entreprit ensuite de sortir du scanner. Sa démarche était toute maladroite. Il n'y avait là rien de plus normal car, quelques minutes auparavant, elle n'avait même pas de corps. Et la voilà à présent qui tentait d'appréhender non seulement l'équilibre sur ses deux fines jambes mais en plus la bipédie dans la foulée, elle qui ne s'était jamais tenue debout et n'avait donc jamais marché.
« Ah ! C'est... C'est froid ! » s'exclama-t-elle lorsque son pied toucha le sol, la faisant reculer quelque peu.
« Ce n'est pas grave. Tu vas t'y habituer. » rétorqua Irina qui avait entrepris de l'accompagner jusqu'à la chaise devant le pupitre.
Effectivement, l'immense salle dans laquelle nous nous trouvions était froide. Certes la machine quantique qui s'y trouvait produisait beaucoup de chaleur mais l'inertie thermique de la pièce souterraine était telle que cela n'y changeait pas grand chose. La température y était en permanence de quinze degrés environ, quelque soit le moment de la journée ou la saison. Et l'hygrométrie n'allait pas pour atténuer cette désagréable sensation. Mais depuis le temps que nous travaillions ici, nous avions fini par nous en accommoder. Lorsque les deux jeunes femmes atteignirent le pupitre, Irina saisit la chaise qui se trouvait devant et la plaça derrière Alpha.
« Vas-y, assieds-toi là. » lui dit-elle.
« Comment fait-on ça ? » répondit Alpha, penaude.
Sur le coup, nous prîmes tous conscience du fossé qui nous séparait d'elle. Son intelligence était tellement supérieure à la nôtre qu'elle était en capacité de comprendre, manipuler et même créer des concepts si complexes qu'une vie entière ne nous ne suffirait pas pour parvenir à comprendre. Mais pour les choses du quotidien, du moins celles qui concernent les êtres faits de chair et d'os, elle était pareille à une enfant : elle avait tout à apprendre.
Et son apprentissage de la vie commençait dès maintenant. Après une brève leçon d'anatomie suivie de quelques instructions simples, Alpha parvint à s'asseoir. Elle releva alors aussitôt les pieds du sol pour les poser sur l'assise de la chaise et coller ainsi ses jambes contre elle. Elle avait toujours autant froid aux pieds qu'à sa sortie du convertisseur matière-énergie.
Un cas de conscience se présentait maintenant à nous. Devait-on avertir le reste de l'équipe qu'Alpha s'était matérialisée de sa propre initiative ? Quand bien même l'événement qui venait de se produire nous paraissait inconcevable, nous pensions tous que personne dans l'équipe n'en serait dérangé. Ils seraient même plutôt enthousiastes à ce sujet tant la chose était extraordinaire. Tous ou presque. Car il était fort à parier que si toute cette histoire parvenait jusqu'aux oreilles d'Édouard, la situation tournerait au vinaigre à coup sûr pour Alpha, vu le discours qu'il m'avait tenu la veille à son propos. Et par ricochet, nous en prendrions également tous les quatre pour notre grade car il ne pourrait pas s'empêcher de nos tenir pour responsables de ce qu'il considérerait assurément comme une hérésie.
Nous prîmes donc la décision de tenir son existence secrète. Nous dûmes donc réfléchir à la manière de nous y prendre. Nous ne pourrions pas la cacher indéfiniment dans nos locaux car, avec les allées et venues incessantes de nos collègues dans les diverses parties du laboratoire, son existence finirait tôt ou tard par être découverte. Et puis rester terré dans ce lieu sans âme n'était pas une perspective des plus réjouissantes pour quelqu'un dont le souhait était de découvrir ce vaste monde. Dès lors, une seule solution s'imposait à nous : il fallait faire sortir Alpha d'ici. Mais compte tenu de la situation du laboratoire en plein cœur de la ZSR, la mission s'annonçait extrêmement compliquée, pour ne pas dire impossible. Quel qu'était le degré d'élaboration des plans d'évacuation que nous nous efforcions de concevoir, il y avait toujours quelque chose qui ne marchait pas.
Brusquement, Vladimir eut comme une révélation. Il venait de se rendre compte que la sécurité du centre présentait une bête faille qui jouait pleinement à notre avantage. Il nous fit remarquer que nous partions tous du principe qu'il fallait subir des contrôles drastiques pour accéder à la ZSR, mais que nous avions tous allègrement oublié que nous n'en subissions aucun pour en sortir. En effet, le service de sécurité partait du principe que toute personne qui sortait de la ZSR avait forcément été contrôlée à son entrée. Or justement, Alpha n'avait jamais subi ces contrôles car elle avait vu le jour en plein cœur de la ZSR. Donc elle pourrait en sortir librement sans que personne ne se rende compte de quoi que ce soit.
Le plan d'évacuation d'Alpha n'en fut alors que plus simple à mettre au point. Et les navettes de transport du personnel nous seraient d'une grande utilité. Il nous suffisait d'exposer Alpha au minimum aux regards extérieurs et de se faire le plus discret possible avec elle. Pour cela, nous devions lui faire prendre le bus qui transportait le moins de monde. En général, c'était la dernière rotation de la journée. Dès qu'elle serait hors de la ZSR, l'un d'entre nous se chargerait de l'héberger chez lui.
Les derniers détails furent vite réglés. Irina proposa d'apporter discrètement quelques vêtements pendant la pause déjeuner car Alpha était toujours nue comme un ver sous mon imperméable. Elle devait aussi apporter une perruque pour dissimuler la couleur particulière des cheveux d'Alpha, et un peu de maquillage pour rendre son teint moins pâle. Soudain, nous fûmes interrompus par un bruit de pas rapide qui résonnait dans le long couloir.
« Oh, la tuile ! On va se faire griller ! » s'exclama Stan. « Qu'est-ce qu'on fait ?
– La caisse ! » lui répondis-je dans un éclair de lucidité, en pointant du doigt l'imposant objet qui avait servi au transport du scanner. « On va la cacher là-dedans ! »
Stan prit alors Alpha dans ses bras et la porta précipitamment jusqu'à ladite caisse en bois. J'en retirai le couvercle et Stan y déposa délicatement Alpha.
« Surtout, ne bouge pas sinon tu vas faire du bruit ! » lui dit-il en m'aidant à remettre le couvercle en place. « Si Édouard t'entend, il te trouvera à coup sûr ! Et dieu seul sait ce qu'il te fera ! »
Puis nous nous en écartâmes rapidement. Dans son élan, Stan me tira avec lui pour m'emmener auprès du scanner encore chaud.
« Hé ! Qu'est-ce qui te prend ? » fis-je, surpris.
« Je vais nous tirer de ce mauvais pas, tu vas voir. » me répondit-il alors qu'il avait saisit un extincteur sur son passage.
Et sans trop savoir comment, je me retrouvai avec l'engin entre les mains, paré à l'utiliser sur le convertisseur matière-énergie. À peine une demi-seconde plus tard, la porte du couloir s'ouvrit violemment et finit sa course en claquant contre le mur. Édouard avait fait une entrée fracassante. Il vit en face de lui Irina et Vladimir qui s'étaient rapprochés du pupitre de commande en l'entendant venir. Puis il tourna la tête vers le scanner et remarqua l'objet que Stan m'avait mis entre les mains. À cet instant, je priais pour que Stan ait une bonne excuse, sans quoi j'allais me faire remonter les bretelles comme jamais.
« Qu'est-ce que vous faîtes avec ça, vous ?! » tonna Édouard.
Voilà ! C'est tout pour cette fois-ci !
Qu'en avez-vous pensé ? Qui est véritablement Alpha ? Quelles sont vos hypothèses sur cette histoire ?
Comme d'habitude, j'attends vos comm's !
PS: Je n'ai toujours pas terminé l'écriture de ce chapitre, alors la publication de la fin risque de prendre un peu de temps. Mais ça arrivera un jour, promis ! ET ça ne devrait pas vous décevoir !
@+.
VIENDEZ VOIR MES AUTRES FIC!!! Protocole Carthage (version 2), Je ne t'attends plus (terminée) et Sacré Jimbo! (one shot).
Non, je ne m'appelle pas Ann!!! Appelez-moi Vince. (Hé oui! Je suis un mec!!!)