Re: Guilty
Pris entre les deux, Ulrich était obligé de redoubler d’attention en se méfiant de celui qui profitait de la diversion que faisait l’autre. Il choisit de garder principalement Lana dans son champ de vision, la sachant d’une efficacité plus que redoutable au combat. Mais au fur et mesure de la lutte, il se rendit compte que son père était lui aussi du genre coriace. Ce dernier dont il imaginait les mouvements désordonnés, lourds et maladroits, se montrait, au contraire, précis, habile et très rapide.
Ulrich parvenait à esquiver ses coups de justesse, mais Lana en profitait aussitôt pour lui donner des coups de pied dans les abdos. Il les bandait pour atténuer le choc, mais bien qu’ils soient particulièrement développés (pour le plus grand plaisir de sa petite amie), il sentait tout de même que leur résistance atteignait leurs limites, d’autant plus que la xanatification conférait plus de force à sa cousine qu’à l’accoutumée.
Comme chacune des attaques qu’il tentait de placer créait des ouvertures pour n’importe lequel des deux, il se résigna à rester sur la défensive.
Très bien, Yumi. Songea-t-il. Voyons si ton conseil va me sauver la vie.
Alors qu’il parait, esquivait, parait, esquivait, puis esquivait encore pour parer de nouveau, il essaya de surprendre son père en effectuant un vif demi-tour pour se retrouver face à lui, et lui porta un puissant coup de pied circulaire au visage. Le talon de sa luxueuse chaussure de ville en cuir noir s’écrasa violemment sur la joue de Sebastian. Celui-ci fut projeté à un mètre de sa position initiale, à terre, sonné et désorienté.
Le coup de pied d’Ulrich fut d’une précision incroyable, mais celui-ci ne s’attarda pas à s’en réjouir, et refit volte-face pour se concentrer sur sa cousine. Elle décida de le travailler au corps à coups de poing cette fois-ci. Elle le saisit précipitamment par le col de sa veste et, dans le même mouvement, brandit son poing en l’air en l’inclinant selon l’angle qu’elle jugeait idéal pour atteindre son plexus.
Un impact violent à cet endroit pourrait littéralement lui couper le souffle… Voir pire. Les sens à vif, Ulrich eut le réflexe de se dégager de sa prise en lui cédant sa veste noire au passage, le laissant en chemise et cravate. Malheureusement, le coup eut le temps de l’atteindre dans les côtes flottantes, lui arrachant un rugissement de douleur bien audible. Mais courageux comme il l’était, il la réprima et profita de l’effet de surprise que lui procurait la gêne du champ de vision de Lana par le vêtement qu’elle venait de lui cueillir.
Ni une ni deux, il lui décocha un direct du droit en plein nez. Ne s’y attendant pas, elle tituba en arrière tout en relâchant la veste qui tomba parterre. Elle porta les mains à son visage pour tâtonner les dégâts. Le craquement que son cousin avait senti sous sa main fermée ne laissa aucune place au doute : il venait de lui casser le nez.
A peine eut-elle le temps d’intégrer ce fait qu’il se précipitait déjà sur elle pour tirer profit de la situation. Sauf que cette fois-ci, elle ne s’y laissa pas prendre. Elle lui attrapa l’avant-bras au vol, fit plier son coude à quatre-vingt-dix degrés et tordit le tout en un angle dangereusement improbable.
- Aaaah !
Ce qui faisait la supériorité de Lana dans leurs habituelles confrontations, c'était sa force physique hallucinante vue sa fine silhouette athlétique, ainsi que sa grande maîtrise des points sensibles du corps humain. A ce moment-là, Ulrich était en train de goûter à sa spécialité : le jeu sur les articulations.
Connaissant lui aussi les rudiments de cet exercice, il essaya péniblement de se défaire de son emprise. Dans des conditions normales, sa manœuvre aurait peut-être été payante. Toutefois, c’était face à sa cousine totalement anormale qu’il se trouvait. Quand cette dernière parut satisfaite de l’effet de sa prise, elle en changea de façon fulgurante pour lui infliger plus de souffrances. Elle fit rapidement passer son bras dans son dos pour forcer sur la jonction entre la tête de son humérus et son omoplate en faisant remonter son coude vers le ciel.
- Tu te rappelles, Ric ? Lui chuchota-t-elle de sa voix modifiée. C’est le coup que je t’ai fait la dernière fois que nous nous sommes affrontés.
- Arrête, Lana ! Arrête ! La supplia-t-il, paniqué par la douleur qui allait en augmentant de seconde en seconde.
Sa plainte n’eut aucune portée sur elle. Elle accentua l’effet de levier qu’elle appliquait sur son bras droit, tirant encore plus sur ses deltoïdes. Le jeune homme ne put retenir son cri retentissant.
Mais sa cousine continua son récit, imperturbable.
- Ce jour-là, tu avais dû tapoter ma cuisse de ta main libre pour m’implorer d’arrêter avant que je ne te déchire les muscles. Et je me suis exécutée remportant la victoire… Comme d’habitude ! Dit-elle un sourire mauvais affiché sur les lèvres.
La douleur devenait insoutenable. Il avait l’impression qu’à tout moment, elle serait capable de séparer son bras du reste de son corps comme un gamin pourrait le faire à une simple poupée. La douleur était tellement insupportable qu’il était prêt à tout pour qu’elle s’arrête.
- Pitié, arrête !! Arrête ! Tu n’es pas toi-même, Lana ! Arrête, je t’en prie !
- Comme tu le dis, minus, je ne suis pas moi-même. Je ne vois aucune raison de ne pas poursuivre. Aujourd’hui, me supplier ne te servira à rien. Tu dois mourir, mais ne t’inquiète pas : je ferai en sorte que Yumi te rejoigne bien vite. Répondit-elle le plus calmement du monde.
La brûlure qui irradiait l’épaule du Lyoko-guerrier s’intensifia encore. La tension pratiquée sur ses muscles était sur le point d’arriver à son paroxysme. Il gigota dans tous les sens pour tenter de se libérer avec l’énergie du désespoir.
- Ça suffit !! Lâche-moi ! Lâche-moi ! Lâche-m… !!!
Ce fut comme si un feu liquide circulait dans chacun de ses membres.
Au début, son monde se réduisit à la déflagration qui embrasait son bras droit. Ensuite, le mal se répandit dans le reste de ses muscles, puis dans chacun de ses boyaux, puis il se faufila dans chacun des pores de sa peau, allant enfin s’infiltrer dans chacun de ses cheveux, de ses ongles, de ses poils… Jusqu’à ce qu’il eut le sentiment que son corps ne lui appartenait plus et que son esprit l’observait en train de se décomposer de souffrance et de douleur.
Il n’était plus qu’un pantin sans âme avec un bras droit totalement désarticulé.
Je souffre donc je ne suis plus.
Descartes en prenait pour son grade.
Sa besogne achevée, Lana laissa retomber son bras qu’il ne put retenir. La déchirure de ses muscles et de ses ligaments le fit s’effondrer sur sol en se tordant de douleur. Il hurlait encore et encore, sans pouvoir s’arrêter. Ses connexions cérébrales ne parvenaient plus jusqu’à son membre supérieur, lui interdisant toute emprise sur celui-ci. Néanmoins, il ressentait toujours ce supplice indescriptible qu’il ne souhaitait à personne, pas même à son pire ennemi.
Sa bouche déversait autant de plaintes animales incontrôlées que ses yeux laissaient échapper des flots de larmes torrentiels.
- Tu vas la fermer, oui ? Tu commences sérieusement à me casser les tympans ! Le réprimanda sa cousine comme s’il s’agissait de la plus banale des situations.
Bien entendu, ses paroles n’eurent aucune incidence. Ulrich ne percevait plus rien du monde qui l’entourait. Ses seules préoccupations étaient tournées vers le moyen le plus efficace de mettre fin à son calvaire. Il aurait fait n’importe quoi pour que cela cesse.
- Bon. Puisque tu ne sembles pas très coopératif, je vais devoir te faire taire moi-mêm…
- Oui, c’est ça !! Vas-y, tue-moi ! Tue-moi ! Fais vite !
Pourquoi pas après tout ?
Son bras droit était en lambeau, il n’avait plus la force de se battre et il était seul face à deux xanatifiés surpuissants.
Que pouvait-il bien faire de plus ? Comment pouvait-il renverser la tendance ? Existait-il seulement une solution pour le faire ?
Si cela était le cas, alors elle était totalement invisible à ses yeux. Et puis honnêtement, à ce moment-là, il espérait bien ne jamais la trouver. Si raccourcir son temps de vie pouvait enrayer cette souffrance abominable, il ne voyait aucun intérêt de résister.
La capitulation lui paraissait tellement plus douce que l’incendie qui se propageait dans son organisme.
- Très bien. Je vais accéder à ta requête. Ça ne prendra que quelques secondes.
Parfait. Dans quelques secondes, il serait mort. Dans quelques secondes, il ne sentirait plus rien. Elle le fit se lever. Une fois qu’il fut sur ses deux pieds, elle rapprocha lentement ses mains de son cou. Mort par strangulation. Ça serait peut-être long, mais c’était toujours mieux que rien…
- Non !
La voix qui retendit lui parut familière. Sebastian Stern était debout et furieux.
- Laisse-moi m’en occuper.